Mobilisation pour le cinéma de genre en Suisse : la SGFA ouvre un nouveau chapitre
- Jean-Marc Detrey

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Le paysage cinématographique suisse s’apprête à vivre un tournant important. Avec la publication d’une étude statistique couvrant vingt‑cinq ans de financement public, la SGFA (Swiss Genre Film Alliance) lance une mobilisation inédite en faveur du cinéma de genre, un domaine créatif riche mais historiquement marginalisé dans les politiques de soutien nationales. Cette initiative marque l’entrée du débat dans une phase nouvelle : celle de la transparence, des données et de la revendication constructive.

Depuis des décennies, les mécanismes de financement de l’OFC, de Cinéforom et des commissions cantonales ont façonné un paysage dominé par le drame, qui concentre entre 78 et 82 % des soutiens. Les comédies oscillent entre 7 et 16 %, tandis que les thrillers ne dépassent pas 5 %. En comparaison, les genres fantastique, science‑fiction, horreur ou action‑aventure représentent moins de 5 % des projets soutenus. Ces chiffres, désormais établis et documentés, révèlent un déséquilibre structurel qui ne reflète ni la diversité des imaginaires suisses, ni l’intérêt du public pour ces formes narratives.
C’est précisément ce constat que la SGFA met aujourd’hui au centre de sa mobilisation. L’organisation appelle à une reconnaissance institutionnelle du cinéma de genre, non comme une niche, mais comme une composante culturelle légitime, porteuse d’innovation formelle et d’un potentiel d’exportation considérable. Les genres fantastique et spéculatif ont historiquement été des moteurs de créativité, d’expérimentation visuelle et de renouvellement des récits ; ils constituent également un vecteur d’attractivité internationale, comme le démontrent les succès de festivals spécialisés tels que le NIFFF.

La démarche de la SGFA se distingue par son ton constructif. Il ne s’agit pas de contester les soutiens existants, mais d’ouvrir un dialogue institutionnel avec les acteurs clés : OFC, Cinéforom, faîtières, commissions cantonales et partenaires culturels. L’objectif est clair : encourager une diversification des soutiens, permettre l’émergence de nouvelles voix, et offrir au cinéma suisse la possibilité de s’aventurer dans des territoires narratifs plus audacieux.
Cette mobilisation intervient à un moment stratégique. Le public suisse, comme le public international, manifeste un intérêt croissant pour les récits de genre, qu’ils soient fantastiques, dystopiques, horrifiques ou hybrides. Les créateurs suisses, eux, ne manquent ni de talent ni d’ambition : ils manquent de reconnaissance structurelle. En mettant à disposition une analyse statistique rigoureuse, la SGFA fournit aux institutions les outils nécessaires pour repenser leurs priorités et mieux refléter la pluralité des imaginaires contemporains.

La Suisse a toujours su valoriser la diversité culturelle. La mobilisation de la SGFA rappelle qu’il est temps d’étendre cette diversité aux formes narratives elles‑mêmes. Soutenir le cinéma de genre, c’est investir dans l’innovation, dans l’audace, et dans la capacité du pays à raconter des histoires qui dépassent ses frontières. C’est aussi offrir aux nouvelles générations de cinéastes un espace où leurs visions peuvent s’épanouir.
La SGFA ouvre ainsi un nouveau chapitre : celui d’un cinéma suisse plus varié, plus ambitieux et plus représentatif de la richesse créative du pays. Sa mobilisation, fondée sur des données solides et une volonté de dialogue, pourrait bien devenir un moment clé dans l’évolution des politiques culturelles suisses.
Site officiel: SGFA



