Journée de Soleure 2022 : Découvrez le Prix d'Honneur

Dernière mise à jour : 19 avr.

Le Prix d’honneur des 57es Journées de Soleure va à la Cinémathèque de Berne, le Lichtspiel, une institution comme il n’en existe sans doute pas d’autre au monde. C’est un centre d’archivage professionnel, un musée vivant, un centre de compétence pour la filmologie, la technique du cinéma et de la projection et enfin une salle à la programmation multiforme, en présentiel et en ligne. Et ce n’est de loin pas tout.



En l’an 2000, David Landolf (le directeur) fonde, avec un petit groupe de passionnés du cinéma, la cinémathèque Lichtspiel, afin de sauver de la liquidation la collection du technicien du film bernois Walter Ritschard. Ingénieur électricien EPF, représentant professionnel au sein du réseau cinématographique de Memoriav, expert en sinistres cinématographiques et enseignant, David Landolf possède de vastes connaissances et, comme toutes les personnes qui travaillent au Lichtspiel, il est ce qu’on appelle couramment un accro du cinéma : la passion à l’état pur.

Judith Hofstetter participe aussi activement à l’aventure de la Cinémathèque de Berne depuis le début. Directrice adjointe, elle est aujourd’hui responsable en particulier du personnel et de la programmation. Pendant ses études de linguistique et de littérature, elle organisait déjà des sessions de formation relatives au cinéma espagnol et sud-américain – elle aussi est une «aficionada» du cinéma et la «bonne fée» au sein de l’œuvre d’art globale dénommée Lichtspiel.

En 2012, la collection a pris ses quartiers dans les locaux de l’ancienne fabrique Ryff. L’équipe s’étoffe, des collaborateurs et collaboratrices supplémentaires apportent leurs riches expériences et de nouvelles idées dans le domaine de la restauration, de la production, de la technique du film et de la projection.


Des appareils jusqu’au plafond

Le personne qui visite la cinémathèque Lichtspiel doit monter un vieil escalier de fer extérieur qui la conduit au dernier étage, elle ouvre la porte et se retrouve en plein dans un panopticum, dans lequel, comme l’indique le mot d’origine grecque (pan = tout, optikos = relatif à la vue), tout a à voir avec la vue et l’idée de rendre visible). Des appareils de toutes les époques du septième art s’entassent sur des étagères jusqu’au pignon de combles spacieux. Chaque mètre carré est utilisé comme espace d’archivage et salle d’exposition. Les laboratoires, les ateliers, une bibliothèque et les bureaux sont arrimés le long d’un corridor sans fin, et tout, vraiment tout, est en état de fonctionner. Même les canalisations électriques galvanisées au plafond du corridor sont utilisées et garnies d’une série infinie de caméras non professionnelles.

La fréquentation ludique du patrimoine cinématographique entreposé ici crée un univers magique qui subjugue immédiatement tous les visiteurs. Mais les gestionnaires ne se contentent pas de s’adonner ensemble au plaisir du jeu, ils sont aussi archivistes, techniciens, médiateurs, réseauteurs professionnels – et ils forment une communauté à la hiérarchie délibérément horizontale, parce que cela donne des ailes aux expériences et créations communes. On le constate aussi aux nombreuses manifestations que toute l’équipe contribue à mettre sur pied : séances de films en présentiel et en ligne, séminaires, sessions interdisciplinaires, expositions, lors desquelles les pépites des archives cinématographiques sont présentées, et toujours contextualisées.


Jeu d’équipe

En plus des deux personnes distinguées déjà mentionnées, l’équipe comprend encore Brigitte Paulowitz, Christine Gissler, Dora Gugger, Eliane Maurer, Carlo El Basbasi Bischoff, Claudio Bruno, Mani Morgenthaler, Peter Fasnacht, Raff Fluri, Stefan Humbel et Steff Bossert, qui y travaillent depuis longtemps et dont les compétences sont très différentes les unes des autres. Une trentaine de personnes font partie de l’équipe, la plupart à temps partiel, beaucoup sur le second marché du travail. Pas plus de dix sont au bénéfice d’un engagement. Ce qui peut sembler de l’exploitation est tout le contraire, car le Lichtspiel offre des places de travail à des jeunes accomplissant du service civil, à des stagiaires, des sans-emploi dotés de compétences qui ne sont plus demandées sur le marché du travail mais dont la valeur est inestimable pour Lichtspiel. C’est seulement grâce à eux que de nombreux appareils optiques électromécaniques demeurent en état de marche. Les personnes âgées trouvent également au Lichtspiel un champ d’activité enrichissant, et du travail d’utilité publique y est aussi accompli occasionnellement, par des personnes qui s’acquittent ainsi d’une manière utile de leurs amendes pour parcage sauvage ou qui purgent des peines sous forme de mesures alternatives à la prison.

La Cinémathèque de Berne est une « sculpture sociale » et elle est le cœur de la Maison du Film sur les bords de l’Aar. Le midi, le Lichtspiel accueille aussi d’autres cinéphiles à sa table d’hôte : des producteurs de films, des autrices, des réalisateurs, des médiatrices, des vidéastes et des techniciens du film se retrouvent régulièrement ici pour échanger.

Au XXe siècle, la fabrique Ryff confectionnait des articles de bonneterie. Aujourd’hui encore, on tricote ici à maille fine mais ce ne sont plus des textiles qui sont produits mais un fascinant tissu d’histoires innombrables qui s’expriment à travers des films, des appareils, des matériaux et des reliques archivés.


Le Prix d’honneur des 57es Journées de Soleure ne rend pas hommage à des stylites, les personnes distinguées ne l’apprécieraient pas, parce qu’elles se considèrent comme une fraction d’une communauté. Le prix est de ce fait un humble merci adressé à ceux et celles qui œuvrent au Lichtspiel, joint avec le souhait que les partenaires de la cinémathèque puissent continuer à l’avenir de tisser leur toile complexe, car cette complexité et cette humanité vécue constituent le fondement même de tout ce qui a à voir avec le 7e art.


Source: Prix d’honneur | 57es Journées de Soleure (solothurnerfilmtage.ch)

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