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Critique de Nightborn

Dernière mise à jour : il y a 6 heures

Note: 3.5/5

Pour son nouveau long-métrage, la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm continue son exploration des liens familiaux, cette fois-ci sur fond de folk horror finlandais.



Saga et son époux Jon rêvent de fonder une famille et d'élever leurs enfants au milieu de la nature. Pour cela, ils décident d'emménager dans la maison où Saga a passé une grande partie de son enfance, au cœur de la forêt finlandaise.

Dans cet environnement envoûtant, semblant doté d'une volonté propre, les jeunes mariés accueillent un premier enfant qu'ils nomment Kuura. Mais très vite, Saga est persuadée que quelque chose d'étrange se passe avec son bébé, au point de ne pas parvenir à s'attacher à lui. Commence alors pour les jeunes parents une véritable descente en enfer.


Retour réussi pour Hanna Bergholm, qui mélange habilement avec Nightborn folk horror, quelques scènes de body horror et une bonne dose de suspens. En effet, la réalisatrice évoque tantôt les mythes et le folklore finlandais, de forme parfois presque poétique (en grande partie grâce au superbe travail effectué à la photographie par Pietari Peltola), avant de s'attarder sur la transformation des corps (voire leur mutilation), le spectateur étant gratifié pour son plus grand plaisir de quelques gerbes de sang ici et là, sans pour autant que cela ne tombe dans l'excès. À cela s'ajoutent enfin de nombreuses scènes de tension savamment orchestrées par la réalisatrice, servant à créer le malaise autour du nouveau-né, élément essentiel du long-métrage.


© Praesens-Film AG
© Praesens-Film AG

Afin de nourrir chez le spectateur un sentiment de rejet du bébé, à l'image du personnage de Saga, qui d'ailleurs n'appelle jamais l'enfant par son prénom et utilise le pronom démonstratif "ça" pour le nommer, la réalisatrice use de deux mécanismes. Dans un premier temps, via la dureté de l'accouchement. Il n'est pas question ici du bonheur ou de la béatitude souvent portés à l'écran lors de la naissance d'un nouveau-né. La réalisatrice met au contraire en avant toute la difficulté des premiers jours du post-partum, que ce soit par la difficulté de se mouvoir de la nouvelle mère, des pertes de sang quotidiennes ou encore de la souffrance pouvant être occasionnée par l'allaitement. Le spectateur n'est ainsi jamais épargné, et c'est un bon point tant cette question est bien trop souvent édulcorée, voire éludée, devant les caméras.


© Praesens-Film AG
© Praesens-Film AG

L'autre manière utilisée par la réalisatrice pour générer du dégoût, voire de la peur face à Kuura, est la façon dont le bébé est mis en scène. En effet, dès sa première scène dans son landau, on ne voit pas le nouveau-né mais on l'entend uniquement, mélange de sifflements et de grognements indistincts ayant comme conséquence immédiate d'interpeller le spectateur qui réalise immédiatement que quelque chose "cloche". L'enfant ne sera ainsi jamais filmé de face mais uniquement de dos, nous obligeant à imaginer à quoi il ressemble vraiment. Et à mesure qu'il grandit et se développe, il agit de plus en plus comme un animal, ou comme un monstre selon Saga. Ses déplacements ou encore sa façon de s'alimenter créent le malaise et on est ainsi toujours dans l'attente de quelque chose de terrible. Mais là où réside la principale qualité du film, c'est dans l'approche de la relation mère-enfant telle qu'elle est perçue par la réalisatrice. Car alors que tout le monde semble trouver l'enfant normal, tandis que sa mère ne parvient pas à s'attacher à lui, on comprend que c'est bien cette dernière qui est finalement, à travers sa relation conflictuelle avec Kuura, la seule à véritablement le comprendre et qui pourra lui apporter ce dont il a vraiment besoin, et ainsi finalement l'aimer, quel qu'en soit le prix. La scène lors de laquelle Saga joue avec Kuura comme le feraient deux animaux sauvages est particulièrement touchante et magistralement filmée par la réalisatrice.



Au-delà d'un très bon scénario, l'interprétation remarquable de Sedi Haarla dans le rôle de Saga doit être saluée tant l'actrice maîtrise son personnage. Elle incarne avec une grande réussite la mère de famille avec toutes ses facettes, parfois drôle et sexy, parfois effrayante ou détestable, mais surtout touchante et attachante. Rupert Grint, de son côté, livre une performance de qualité, toutefois en retrait par rapport aux deux protagonistes principaux du long-métrage que sont les personnages de Kuura et de Saga.


© Praesens-Film AG


Avec ce nouveau long-métrage, Hanna Bergholm confirme son talent de conteuse et sa maîtrise du fantastique à travers un film onirique dans lequel nos émotions se mélangent pour nous mener à un final poignant.

Petite anecdote amusante, lors des scènes dans lesquelles la forêt semble "hurler", la réalisatrice a fait appel à Max Cavalera, artiste bien connu des fans de musique métal pour être le chanteur des groupes Sepultura et Soulfly, pour son "growl" (technique vocale de chant guttural). Et quand on connaît l'engagement du chanteur pour l'écologie, on comprend facilement qu'il ait accepté de participer à un long-métrage dans lequel la nature est un protagoniste à part entière.







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