RETOUR SUR LA 25èME éDITION DU NIFFF
- Sandro Paulo

- il y a 5 heures
- 7 min de lecture
Alors que s'est achevée la 25e édition du NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival), petite rétrospective des films visionnés et palmarès de cette édition anniversaire!

Pour les amateurs et amatrices de cinéma fantastique, le NIFFF n'est plus à présenter tant le festival est devenu un rendez-vous incontournable au fil des ans. Avec des propositions fortes et engagées, le festival a réussi à se faire une place à l'international et cette année encore, de véritables pépites ont été proposées aux spectateurs et spectatrices. Voici quatre films que l'auteur de ces quelques lignes vous propose de découvrir ou de redécouvrir.

Saccharine (2026)
Note : 4.5/5
Réalisatrice : Natalie Erika James
Distribution : Midori Francis, Danielle Macdonald
et Madeleine Madden
Durée : 1h53
Synopsis : Hana, étudiante en médecine, est complexée par son poids. Souffrant de graves troubles alimentaires, elle passe ses soirées à manger sans pouvoir s'arrêter. Lorsqu'elle rencontre une ancienne camarade lui vantant les mérites d'un nouveau traitement pouvant l'aider à perdre ses kilos en trop, Hana saute sur l'occasion. Hélas, le remède est parfois pire que le mal...
Critique : Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice Natalie Erika James a choisi de parler d'un sujet d'actualité, soit le diktat du regard de l'autre sur son corps, mais également du regard que chacune et chacun porte sur soi-même. Le mal-être de l'héroïne du long-métrage est ainsi exacerbé par la vision qu'elle pense que les autres ont de son corps, mais est également lié à une famille dysfonctionnelle dans laquelle l'alimentation est un sujet tabou. En effet, la mère du personnage principal semble obsédée par la maîtrise de son poids tandis que son père souffre vraisemblablement d'obésité morbide. Ainsi, le regard d'Hana est biaisé par la réalité qu'elle s'est créée. Ce qui est particulièrement intéressant dans le long-métrage de Natalie Erika James, c'est que la pression que ressent Hana n'est pas le produit du regard masculin mais est le résultat du regard d'autres femmes, Hana étant homosexuelle. On est ainsi libérés des scènes habituelles et autres "blagues" sur le surpoids des femmes faites par des hommes, et le malaise vécu par la protagoniste principale devant le regard des autres femmes est amené de façon beaucoup plus subtile. Et si cet aspect du long-métrage est déjà une réussite, c'est lorsque la possession d'Hana commence que le film est vraiment excellent. En effet, Hana est sous l'emprise d'une entité invisible (absolument horrible visuellement) qui l'oblige à se nourrir de façon compulsive, prenant le contrôle de son esprit dès que le taux de glycémie de l'héroïne passe sous un certain seuil. Malheureusement, alors que l'entité prend de plus en plus de poids et de pouvoir sur Hana, cette dernière fond comme neige au soleil. Si cette perte de poids est une bénédiction dans un premier temps, très rapidement cela tourne au cauchemar. Les scènes lors desquelles l'entité apparaît (uniquement dans certains reflets) sont véritablement réussies et on apprécie les superbes effets spéciaux. Les moments lors desquels Hana se nourrit de façon compulsive sont également très réalistes et l'auteur de ces lignes a eu la chance de discuter après la séance avec une nutritionniste présente lors de la projection, laquelle a témoigné de l'authenticité des situations vécues par le personnage principal. Un véritable travail de recherche a été effectué par la réalisatrice et cela se ressent durant toute la durée du film. Une véritable tension est ressentie pendant les presque deux heures que dure le long-métrage et sa conclusion ne viendra pas calmer les esprits.
Il faut enfin souligner l'interprétation remarquable des actrices, en particulier de Midori Francis dans le rôle principal.

Mum, I'm alien pregnant (2026)
Note : 3.5/5
Réalisateurs : Sean Wallace et Jordan Mark Windsor
Distribution : Hannah Lynch, Yvette Parsons,
Arlo Green et Jackie van Beek
Durée : 1h35
Synopsis : Lorsque Mary tombe accidentellement enceinte d'un extraterrestre, elle se retrouve à lutter pour se débarrasser de ce bébé indésirable. Malheureusement, entre une mère envahissante, un futur papa complètement à l'ouest et des médecins incompétents, c'est un véritable parcours du combattant qui attend Mary.
Critique : Depuis plusieurs années maintenant, le cinéma néo-zélandais regorge de pépites dans le genre bien particulier de la comédie horrifique, dont les meilleurs exemples sont les excellents Braindead, Vampires en toute intimité ou encore Housebound (trois films à voir absolument au cas où vous les auriez ratés). Si au premier abord, Mum, I'm alien pregnant est une simple comédie horrifique dans laquelle s'enchaînent les situations cocasses et des dialogues savoureux (la scène entre Mary et l'inspecteur de police est tout simplement hilarante), le film aborde en réalité un thème beaucoup plus sérieux, à savoir le droit des femmes à disposer de leur corps. En effet, alors que l'héroïne souhaite se débarrasser de ce bébé alien (quoi de plus normal me direz-vous), tout le monde semble trouver normal que cette grossesse aille à son terme. Cela donne quelques scènes véritablement saugrenues et on est obligé de rire devant les répliques de la mère de Mary (quelle interprétation de l'actrice Yvette Parsons !). Autre qualité du film, on sent que les deux réalisateurs ont véritablement voulu se faire plaisir à dégoûter les spectateurs et spectatrices lors de scènes parfois franchement dégueulasses… Et tout cela avec des effets spéciaux ne faisant jamais appel au numérique ! Quel régal…
On regrettera toutefois certaines scènes tirées parfois en longueur, donnant dès lors une impression de répétition ayant pour conséquence que l'on s'ennuie parfois. Mum, I'm alien pregnant est ainsi un film popcorn, à voir entre amis pour le fun.

Breeder (2026)
Note : 4.5/5
Réalisateur : Alex Goyette
Distribution : Daniel Doheny, Dot-Marie Jones
et Maddie Phillips
Durée : 1h37
Synopsis : Alors qu'il peine à trouver des fonds pour ses recherches scientifiques, Russel est contacté par Patti, éleveuse de caniches, qui lui propose de financer ses travaux. Très vite, il réalise que Patti veut transposer ses découvertes à l'être humain et ainsi faire de l'eugénisme.
Critique : Au-delà du scénario brillant du long-métrage dont Alex Goyette est également scénariste, et du sujet traité au combien sérieux et des questions morales abordées, c'est l'interprétation magistrale de Dot-Marie Jones qu'il faut souligner. L'actrice et ancienne athlète crève littéralement l'écran dans son rôle de matriarche psychopathe à la tête d'un trafic de bébés améliorés. Les dialogues sont simplement parfaits et les situations dans lesquelles se retrouve le personnage de Russel sont savoureuses. Mais ne vous y trompez pas, passée une première partie de film très drôle, le spectateur plonge véritablement dans l'horreur générée par l'eugénisme qui obsède Patti. Le film devient ainsi beaucoup plus dur et la folie du personnage de Dot-Marie Jones fait parfois penser à Annie Wilkes (Kathy Bates) dans Misery. La fin du film est également particulièrement réussie, et met en avant la recherche à tout prix de la réussite personnelle et professionnelle, propice à l'oubli de toute morale. Breeder est un film à voir absolument, tant pour son côté comique que pour son côté horrifique, tous deux dosés avec maestria par le réalisateur Alex Goyette, dont le travail devra assurément être suivi à l'avenir.
Aucune bande-annonce n'est malheureusement disponible pour ce film...

Sanguine (2026)
Note : 4/5
Réalisatrice : Marion Le Coroller
Distribution : Mara Taquin, Karin Viard
Kim Higelin et Sami Outalbali
Durée : 1h43
Synopsis : À peine débuté son internat en médecine d'urgence, Margot se retrouve confrontée à une vague de patients présentant des symptômes rares. Et si elle aussi était atteinte de ce mal mystérieux?
Critique : Pour son premier long-métrage, Marion Le Coroller s'est inspirée de son histoire personnelle. En effet, la réalisatrice a été victime d'un burn-out alors qu'elle travaillait dans la finance. Ainsi, elle aborde le thème de la pression au travail et des répercussions qu'elle peut avoir sur les individus, plus particulièrement auprès des jeunes adultes. À travers les modifications de la psyché des personnes touchées par le stress, la réalisatrice aborde les transformations du corps humain lors de scènes de body horror particulièrement convaincantes et sans presque aucun effet numérique (merci à la réalisatrice pour cela !). Les acteurs et actrices sont également à la hauteur de l'ambition du propos du long-métrage et sont particulièrement justes dans leurs interprétations. La toujours excellente Karine Viard étant notamment excellente en cheffe de service tyrannique tandis que Mara Taquin est parfaite dans le rôle de Margot. Un travail particulier et de grande qualité a également été effectué sur la musique du film, composée par Robin Coubert, lequel a déjà travaillé avec réussite sur des longs-métrages tels que le remake de Maniac de Franck Khalfoun ou encore Oxygène d'Alexandre Aja. La fin du long-métrage est également particulièrement savoureuse, le jeu de pouvoir entre employé et employeur étant ici inversé pour le plus grand plaisir des spectateurs et spectatrices. Une dernière fois, on comprend en effet l'importance pour la réalisatrice du regard que la société porte sur la nouvelle génération et à sa place dans le monde du travail. Un premier long-métrage qui promet pour la suite de la carrière de la réalisatrice.
Et pour terminer cette rétrospective sur la 25e édition du NIFFF, le palmarès !
PALMARÈS COMPLET
INTERNATIONAL COMPETITION
H.R. GIGER “NARCISSE” AWARD FOR BEST FEATURE FILM
10’000 CHF
Doté par la Ville de Neuchâtel, Décerné par le Jury International
HEN – Nico Scheepers (ZA, 2025)
SPECIAL MENTION Décerné par le Jury International
BREEDER – Alex Goyette (US/CA, 2026)
BEST PRODUCTION DESIGN AWARD
3’000 CHF
Doté par Fielmann, Décerné par le Jury International
SLEEP NO MORE – Edwin (ID/SG/JP/DE/FR, 2026)
BROADCASTING – RTS AUDIENCE AWARD
Doté par la Radio Télévision Suisse, Décerné par le public
HOKUM – Damian McCarthy (IE/US/AE, 2026)
HONORARY – INTERNATIONAL CRITICS AWARD
Décerné par le Jury de la Critique
BREEDER – Alex Goyette (US/CA, 2026)
COMPÉTITION ASIATIQUE
AUDIENCE AWARD FOR THE BEST ASIAN FEATURE FILM
A BA111OD watch
Doté par BA111OD, Décerné par le public
MY DAUGHTER IS A ZOMBIE – Pil Gam-sung (KR, 2025)
MÉLIÈS COMPETITION
NOMINATION – MÉLIÈS D’ARGENTpour le meilleur long-métrage de fiction
SIE GLAUBEN AN ENGEL, HERR DROWAK? – Nicolas Steiner (DE/CH, 2025)
NOMINATION – MÉLIÈS D’ARGENTpour le meilleur court-métrage européen
LE MOUVEMENT TRAGIQUE DES SPHÈRES – Simon Rieth (FR, 2025)
SHORTS COMPETITION
H.R. GIGER “NARCISSE” AWARD FOR THE BEST SWISS SHORT FILM
10’000 CHF
Doté par SSA/Suissimage, Décerné par SSA/Suissimage Jury
LE MIRACLE – Avril Lehmann and Yaël Vallotton (CH, 2026)
HONORARY – AUDIENCE AWARD FOR THE BEST SHORT FILM
Décerné par le public
COSMONAUTS – Leo Černic (SI/IT, 2026)
YOUTH AWARD FOR BEST SHORT FILM
A BA111OD watch
Awarded by BA111OD, Décerné par les élèves des lycées de Denis-de-Rougemont & Blaise-Cendrars
THE LAST JIANGSHI – Yu Chih-Chieh (CN/TW/HK, 2026)




