Rétrospective Wim Wenders : Critique L'Ami américain
Note : 3/5
La rétrospective de Wim Wenders bat son plein à la Cinémathèque suisse de Lausanne. Cette fois, place à L’Ami Américain, thriller du cinéaste allemand sorti en 1977. Retour sur une œuvre où l’amitié se mêle au crime, où les frontières morales s’estompent et ou le meurtre ne devient plus qu’une simple formalité.

Un Allemand moustachu et un Américain aux allures de Cowboy se rencontrent à Hambourg dans une vente aux enchères. Cela pourrait sonner comme le début d’une mauvaise blague, mais c’est bel et bien comment s’amorce l’intrigue de l’Ami Américain.
Tom Rippley, un trafiquant de contrefaçons va faire la rencontre, lors d’une vente aux enchères, de Jonathan Zimmerman. Ce dernier est un restaurateur et encadreur de tableaux, il est atteint de leucémie, une grave maladie qui pourrait lui coûter la vie. Tom l’apprend et décide d’en parler à un de ces contact : Raoul Minot. Ce dernier lui propose de tuer deux personnes contre une grande somme d’argent, pour assurer la sécurité financière de sa famille quand il mourra.
Un crime presque parfait
Ce Thriller criminel des années 70 met l’action sur une tension constante, angoissante, mais lente. Le danger est tapi dans l’ombre, et il ne cesse de guetter nos personnages. L’ambiance y est froide et morose, tantôt près de la plage glaciale de Hambourg, tantôt dans le métro inexpressif de Paris. Le film puise sa force dans sa réalisation chirurgicale, notamment avec la scène du premier meurtre de Jonathan dans le métro, ou la tension se fit le plus ressentir. On le voit traquer sa cible dans les rames du métro, puis dans les tunnels, de manière parfois maladroite, mais vite rattrapé par cette force surnaturelle qu’ont ces hommes qui vont bientôt mourir. La course poursuite est lente, mais réussit brillamment à nous tenir en haleine par sa mise en scène. On ne sait pas quand le crime va être commis, mais on l’attend avec impatience.
Une amitié qui sent la poudre à canon
L’amitié entre les deux protagonistes est intéressante à suivre, bien qu’elle manque parfois de cohérence. Tom semble fasciné par Jonathan, mais on ne sait pas vraiment pourquoi. Est-il touché par sa maladie ou éprouve-t-il des sentiments plus ambigus, peut-être même amoureux ? Le film ne donne pas de réponse claire.
Leur intimité a ceci de particulier qu’elle se construit autour du crime. C’est en tuant qu’ils semblent se rapprocher, comme si tout devenait possible à deux. Cette amitié révèle pourtant leur côté sombre et rend le meurtre presque banal.
Le principal défaut du film réside dans les choix parfois absurdes de ses personnages. On comprend difficilement comment Jonathan accepte, presque du jour au lendemain, de tuer des inconnus. Il justifie ses actes par la volonté de mettre sa famille à l’abri du besoin, alors qu’il semble distant avec elle, passe peu de temps avec son fils et va jusqu’à frapper sa femme. Cherche-t-il réellement à protéger les siens ou trouve-t-il plutôt, auprès de cet ami américain, une nouvelle passion au crime et à la transgression ? Le film aurait mérité de creuser davantage ces contradictions, tout comme l’attachement presque inexplicable de Tom pour Jonathan. Ces questions rendent leur relation intrigante, mais laissent aussi le spectateur face à des personnages dont les motivations restent difficiles à comprendre.
Une relation au-delà de la morale
Finalement, L’Ami américain tire sa force de cette amitié aussi étrange qu’ambiguë. À l’approche de la mort, Jonathan semble retrouver le goût de vivre dans cette escapade criminelle, comme si cet ami américain lui offrait une liberté nouvelle, loin des règles habituelles. Pourtant, cette relation repose sur une violence qui devient peu à peu ordinaire. Si elle fascine autant qu’elle dérange, elle laisse aussi un sentiment d’inachevé : on aurait aimé mieux comprendre ce qui pousse ces deux hommes à se rapprocher, jusqu’à faire du meurtre une expérience presque libératrice.
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