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Rétrospective Wim Wenders : Critique Perfect days

il y a 16 heures
3 min de lecture
Note : 4,5/5

À l’occasion de la rétrospective de Wim Wenders à la Cinémathèque de Lausanne, j’ai vu Perfect Days, long-métrage du réalisateur. Retour sur une œuvre questionnant le quotidien, la passion, l’instant présent, le banal, mais aussi le temps et sa fatale impermanence.


IMDB Perfect Days
IMDB Perfect Days

Les jours parfaits ne s’annoncent pas : ils se murmurent en cachette, dans les feuilles des arbres qui dansent au vent, dans le son relaxant des clapotis de la pluie ou encore dans les négatifs mal imprimés de photos argentiques. Ces jours parfaits, il suffit de les repérer, car le bonheur ne vient pas vers nous, il vient de nous.

 

Perfect Days, sorti en 2023 et réalisé par Wim Wenders, est un « slice of life » sur le quotidien très simple d’un homme solitaire dont le métier est de nettoyer des toilettes à Tokyo. On le suit dans une routine protocolaire, où chacun de ses faits et gestes semble être calculés d’avance. On bascule entre ces moments de travail où ils nettoient les toilettes publiques avec une grande minutie, et ces moments d’ailleurs, qu’il s’octroie de temps en temps, en faisant de la photographie ou en se baladant à vélo.


L’éloge de la banalité du quotidien : Komorebi

 

Dans Perfect Days, Wim Wenders sublime la banalité du quotidien en lui donnant une dimension poétique. Hirayama répète chaque jour les mêmes gestes, écoute ses cassettes dans sa voiture, de Lou Reed aux Kinks et fréquente les mêmes petits commerces de Tokyo. Pourtant, son bonheur semble résider dans les choses les plus simples, notamment lorsqu’il sort de chez lui le matin et lève les yeux vers les arbres et sourit en observant leurs feuilles danser au vent. Le Komorebi, ce jeu de lumière à travers le feuillage, symbolise cette beauté éphémère, cet instant présent, qu’il cherche à capturer en photographie, car il craint qu’elle s’échappe. Grâce à une mise en scène contemplative, où les images et la musique prennent le relais des dialogues, le film nous invite à regarder autrement notre quotidien et à trouver la beauté dans ce qui nous paraît banal. Certaines choses sont immuables, comme ce vent qui continuera inlassablement de faire frémir les feuilles des arbres et c’est tant de joie pour le personnage de se le rappeler.

 

Les hasards de l’existence

 

Malgré son attachement à une routine bien réglée, Hirayama voit parfois son quotidien perturbé par des imprévus qui deviennent autant d'occasions de partage. La venue de sa nièce lui permet de lui faire découvrir son univers, tandis que la chanson The House of the Rising Sun, interprétée en japonais par la gérante du restaurant qu’il fréquente, lui offre un instant inattendu. Même une simple rencontre avec un inconnu mourant, avec lequel il joue à écraser les ombres, devient un moment de complicité. Ces scènes montrent que les imprévus, loin d’être uniquement des perturbations, peuvent enrichir notre existence. Wim Wenders nous rappelle ainsi que le bonheur se trouve aussi dans ces instants imprévisibles qui viennent rompre la monotonie de nos habitudes.


 

L’impermanence des choses : Mono no Aware


« Maintenant, c’est maintenant. Une prochaine fois, c’est une prochaine fois. » Ce sont les mots d’Hirayama à sa nièce Niko, qui souhaite aller voir l’océan. Je trouve que cette phrase, à la tonalité presque banale, murmure quelque chose de grandiose : chaque instant est unique et doit être accueilli pour ce qu’il est, sans le confondre avec un autre moment qui viendra peut-être plus tard. Mais si Hirayama nous invite à habiter pleinement le présent, c’est aussi parce que rien ne nous garantit qu’il se répétera. Ce quotidien qu’il chérit tant, et qu’il semble préserver intact depuis des années, n’échappe pas au changement. L’inconnu avec lequel il joue au morpion dans les toilettes, son père dont la mémoire s’efface peu à peu, ou encore cet homme rencontré une nuit qui lui confie qu’il va bientôt mourir, lui rappellent que rien ne demeure éternel, pas même les choses auxquelles on tient le plus. C’est là que réside toute la douceur amère du Mono no Aware : cette mélancolie face à la beauté éphémère des choses. Une émotion qui atteint son apogée dans la scène finale, où Hirayama, les larmes aux yeux et un sourire au visage, semble accueillir dans un même élan la beauté de l’existence et sa fragilité.


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