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Cannes 2026: Public vs. Plateformes

Neuf ans après la polémique sur Netflix, les séances de certains films cannois génèrent encore des réactions curieuses.



La relation entre le Festival de Cannes et les services streaming est compliquée, on le sait bien. En 2017, la controverse fut importante en raison de la sélection, pour la Compétition, de deux films produits et/ou distribués par Netflix: Okja de Bong Joon-ho et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach. Comme ils n’étaient pas destinés à la sortie en salle selon le modèle traditionnel, le conseil d’administration du festival imposa une nouvelle règle, en vigueur depuis l’édition 2018: tout film proposé pour la section compétitive doit sortir au cinéma en France, en respectant la chronologie des médias, ou être disponible pour l’achat de la part d’un distributeur français s’il n’a pas encore été acquis au moment de l’invitation. 


Cette règle ne concerne pas le Hors Compétition, Cannes Première ou les Séances Spéciales, raison pour laquelle des films produits par Amazon – qui ne sort presque plus rien en salle, maintenant que Prime Video, est effectivement disponible dans le monde entier – ou Apple, voire Disney+ (le documentaire de Ron Howard sur Jim Henson, présenté dans le cadre de Cannes Classics il y a deux ans), figurent parfois dans le programme cannois plus large. Et les gens en salle semblent avoir accepté qu’il s’agit de produits qu’ils ne reverront que sur leurs ordinateurs ou tablettes. 


Sauf que, toujours en 2017, la controverse autour des deux films Netflix créa un peu de confusion, car certains cinéphiles intégristes eurent l’idée de huer le générique du début de Wonderstruck de Todd Haynes (un très beau film, d’ailleurs). Pourquoi? Parce qu’il y avait le logo d’Amazon Studios, lui aussi associé à une plateforme. Mais pas la bonne à critiquer, puisqu’à l’époque Amazon avait encore l’habitude de vendre les droits d’exploitation de ses films à différents distributeurs internationaux (pour rappel, c’était la période de leur collaboration avec Woody Allen, par exemple). Et il semblerait que la confusion règne encore dans les salles du Palais lorsqu’il s’agit des sociétés derrière les films présentés en Compétition. 


On en a eu l’exemple dans le contexte le plus étonnant imaginable, à savoir au début d’une séance de gala dans le Grand Théâtre Lumière, à la présence de l’équipe du film. C’était la grande première de Moulin, le nouveau long métrage du cinéaste hongrois László Nemes, consacré à Jean Moulin, héros de la Résistance française. Bref, une production de l’Hexagone. Et parmi les sociétés qui ont contribué, on retrouve, dans le générique du début, Disney+ et HBO Max. Les gens ont mal réagi, sans tenir compte du fait que Nemes, ses acteurs (dont Gilles Lellouche qui joue Moulin) et les producteurs étaient assis parmi eux. 



Or, depuis quelques années, la loi française impose que les plateformes investissent une partie de leur revenu dans la production audiovisuelle nationale (le logo de Netflix apparaît au début de Garance de Jeanne Herry, aussi en Compétition cette année). Cela se produit dans d’autres pays aussi (y compris la Suisse), mais apparemment ça surprend le public cannois chaque année, car on a entendu des réactions similaires en 2025 aussi. Il est donc utile de le rappeler: ce n’est qu’une participation financière minoritaire, et ces films sont prévus pour la salle. La preuve: ils sont en lice pour la Palme d’Or. On ne les verra pas sur la plateforme concernée avant le délai prévu par la loi sur la chronologie des médias (pour les deux films mentionnés, s’ils sortent avant la fin de 2026, ce sera en 2027/2028). Il faut carrément arrêter de réagir de cette façon-là, surtout quand les personnes qui ont fait le film se trouvent dans la salle. De plus, on aurait imaginé que le public français soit habitué à ça: presque tous les films nationaux qui sortent sont co-produits par France Télévisions, Arte France et/ou Canal+, mais ils passent quand même par la salle avant de débarquer sur petit écran.

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