Karlovy Vary 2025 : Commentaire
- Max Borg
- 16 juil. 2025
- 3 min de lecture
Notre chroniqueur festivalier nous parle de la 59ème édition du Festival de Karlovy Vary, grand rendez-vous cinéphile de l’été.

Depuis six décennies (la soixantième édition aura lieu l’été prochain), le Karlovy Vary International Film Festival est un sublime rendez-vous pour les cinéphiles, avec une attention particulière – mais pas exclusive – pour les cinématographies de l’Europe centrale et de l’Est. Chaque juillet, les professionnel-le-s de la branche et le public se retrouvent dans cette ville thermale située en République Tchèque, un endroit qui a d’ailleurs inspiré Wes Anderson pour son Grand Budapest Hotel et servi de décor pour une aventure de James Bond (la séquence du poker dans Casino Royale a été tournée à l’intérieur du Pupp, l’un des établissements les plus prestigieux de la région).
Le festival a donc bouclé sa 59ème édition, dont l’épilogue a été un peu mélancolique : à peine quelques jours après la cérémonie de clôture, qui a eu lieu le 12 juillet, on a appris la triste nouvelle du décès de Franta Klisik, un des deux frères jumeaux qui faisaient l’objet du documentaire Better Go Mad in the Wild, le grand gagnant de l’édition 2025 du festival. Considéré par la plupart des personnes qui l’ont vu comme le meilleur film de la compétition principale, ce portrait fascinant de deux frères qui partagent tout dans le cadre de leur vie rurale très inhabituelle doit beaucoup de son charme atypique à ses protagonistes, qui étaient présents dans la grande salle de l’hôtel Thermal – le centre de la kermesse – pour la première mondiale.
D’une certaine façon, c’était une conclusion cohérente pour une édition marquée par le deuil même avant son début : en mai, le festival a perdu son président, le grand acteur tchèque Jiri Bartoska, auquel la kermesse a rendu hommage de plusieurs manières. Nous avons notamment assisté à une projection spéciale de Tiger Theory, film de 2016 où il a tenu son dernier rôle principal. La séance était introduite par une partie de l’équipe, qui a souligné à quel point c’était émouvant de vois la salle pleine pour un long métrage tellement populaire qu’il a déjà été diffusé une dizaine de fois à la télévision.
L’autre grand hommage fut la projection de la nouvelle restauration numérique de Vol au-dessus d’un nid de coucou, présentée par son producteur Michael Douglas. Absent lors de la séance à Cannes qui a inauguré la circulation de cette copie 4K, il est venu à Karlovy Vary, où il avait déjà reçu un prix spécial en 1998 (dont on lui a donné cette année la version mise à jour sur le plan esthétique), puisqu’il savait l’importance du festival pour le cinéma tchèque et ses auteurs, dont le réalisateur du film Milos Forman.
En plus de Douglas, le festival a été visité par Stellan Skarsgård, Dakota Johnson, Vicky Krieps et Peter Sarsgaard, quatre facettes du cinéma international contemporain, notamment en ce qui concerne Skarsgård et Krieps : respectivement un Suédois et une Luxembourgeoise, ils ont su s’imposer sur une échelle mondiale, comme le témoignent les films qu’ils présentaient au public tchèque après l’expérience cannoise en mai : la production norvégienne Sentimental Value pour lui, le drame français Love Me Tender pour elle. Quant à Johnson, sous-estimée en raison de titres tels que Madame Web et la fameuse trilogie des cinquante nuances, elle a très habilement démontré son talent de comédienne dans Splitsville et Materialists.
Alors que ces grandes étoiles ont enrichi le tapis rouge, des productions moins connues, mais pas moins intéressantes, ont peuplé les salles dans le cadre des deux compétitions : un voyage à travers la cinématographie mondiale, avec une sélection issue de Hongrie, Iran, Turquie, Espagne, Lituanie, Colombie, Belgique et Bangladesh, entre autres. Ce dernier pays est à l’origine du formidableSand City, thriller psychologique qui a remporté le prix principal de la section Proxima, la compétition qui met en avant le jeune cinéma et les nouvelles tendances. On espère avoir bientôt des nouvelles de son réalisateur Mahde Hasan, un nom que les cinéphiles suisses reconnaîtront peut-être puisqu’il était sélectionné à Locarno en 2020 avec le court métrageA Boring Film, « Un film ennuyeux ». Titre loin de la vérité lorsqu’il est question de son cinéma.



