Festival d’Annecy 2026: jour 2
- Ben-Charif Lopes
- il y a 48 minutes
- 3 min de lecture
Le Festival international du film d'animation d'Annecy se poursuit. Retour sur une deuxième journée entre deux salles et deux films, alors que la fatigue commence à se faire sentir : Le Fils de Pute, de Savio Leite, Erica Maradona, Tania Anaya et Otto Guerra, et We Are Aliens, de Kohei Kadowaki.

Le festival use. Se coucher passé minuit, se lever à 13h : le rythme s'impose de lui-même, presque sans qu'on l'ait décidé. Une fois réveillé, je me penche sur le programme de la journée. Deux films : Le Fils de Pute à 15h, et We Are Aliens à 20h45, celui que j'attends depuis le début de la manifestation.
Le festival ne tient pas dans une seule salle : il irrigue toute la ville, et naviguer d'un cinéma à l'autre finit par ressembler à une sorte de rallye. Direction le Pathé d'Annecy, une salle plus petite que Bonlieu, pour Le Fils de Pute, film brésilien de 1h12 en animation 2D, réalisé par Savio Leite, Erica Maradona, Tania Anaya et Otto Guerra.
Derrière ce titre sulfureux se cache une histoire bien plus tendre. Dans le petit village de Veredas se dresse la Casa Rosa, célèbre maison close tenue par la mère d'Ismael. À cause de cela, tous les habitants du village le surnomment le fils de pute. Pour fuir cette réalité, Ismael quitte sa mère à la recherche de deux choses qu'il n'a jamais connues : son père et l'océan. Il sera accompagné dans ce voyage long et périlleux par un chien qui parle, croisera un tueur en série guitariste, une prostituée dont il tombera amoureux, et un homme recherché par la police.
Le film impressionne d'abord par sa direction artistique. Les couleurs envahissent l'écran selon les lieux traversés : orangé dans le désert, rose flashy lors des soirées dansantes, bleu d'outremer à l'approche de la mer, comme si quelqu'un avait renversé un seau de peinture sur chaque séquence. La bossa nova et la MPB traversent le récit du début à la fin, et l'ensemble dégage une chaleur formelle indéniable.

Son point fort le plus saillant tient à la contradiction qui structure le récit : Ismael cherche un père qui l'a abandonné, en abandonnant la mère qui lui a tout donné. Ce paradoxe dit en filigrane quelque chose d'universel sur l'émancipation, sur ce désir de se construire en allant vers ce qui manque plutôt que vers ce qui est là. En cherchant son père, Ismael finit par trouver la mer. C'est là que réside l'essentiel du film, dans cette quête poétique vers un ailleurs, pour se trouver soi-même, ou se perdre volontairement.
Le second film de la soirée, Un Monde entre nous (We Are Aliens) à 20h45, a failli être manqué : il était projeté à La Turbine, une autre salle qu’on rejoint après quinze minutes de bus. Je suis arrivé essoufflé, mais juste à temps.
Un Monde entre nous est un premier long-métrage d'animation franco-japonais réalisé par Kohei Kadowaki, qui suit Tsubasa et Gyotaro, deux garçons que tout oppose. L'un, solitaire et réservé, est constamment associé au bleu ; l'autre, solaire et extraverti, rayonne dans des teintes jaunes. Leur rencontre donne naissance à une amitié profonde, avant que le temps et les blessures de l'enfance ne viennent la fissurer.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la technique d'animation en rotoscopie : les mouvements sont calqués sur des prises de vues réelles, ce qui leur confère une fluidité et une présence physique inhabituelles dans l'animation. Les plans serrés sur les visages font le reste.
La première partie du film brille par sa retenue. Le récit avance sans forcer, laissant les images porter le sens : des parapluies bleus et jaunes sous la pluie, des reflets dans les flaques, des origamis, des ciels traversés de couleurs douces. Ces détails, en apparence insignifiants, composent une mise en scène d'une grande densité poétique. La musique, portée par un piano mélancolique aux accents proches d'Erik Satie, accompagne cette atmosphère contemplative avec justesse.
La seconde partie est moins convaincante. Le propos se fait plus appuyé, parfois trop explicite là où la première heure savait se taire. Ce basculement de ton affaiblit légèrement l'ensemble, laissant un goût amer à la fin du film. Un Monde entre nous reste une œuvre sincère, qui interroge avec poésie les traces que l'amitié, le rejet et le harcèlement laissent bien après l'enfance.

À la fin de la dernière séance, j'ai pris l'habitude de longer le lac. La nuit y est douce, la ville se fait plus silencieuse, et c'est le moment que je choisis pour laisser les films vivre encore un peu, résonner, avant de les lâcher.
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