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« Last Dance » ou la danse d’un vieil homme pataud

3/5

Le troisième long métrage de la réalisatrice suisse Delphine Lehericey, Last Dance, arrive début février dans les salles romandes auréolé d’une très bonne renommée : cette comédie dramatique projetée au dernier festival de Locarno a conquis le public. Celui-ci l’a longuement applaudie – le film y a d’ailleurs décroché le Prix du Public. On vous donne notre avis.


Séquence d’ouverture : Germain mange une énorme madeleine. On le voit, au plan suivant, couché dans l’herbe, rêveur. Reposant sur son ventre, À la Recherche du temps perdu, le livre de Marcel Proust. Germain est un retraité. Un retraité contemplatif.




La femme de Germain, Lise, décède. Germain se retrouve soudainement veuf à 75 ans. Sa famille est alors aux petits soins, elle le comble de mille prévenances : visites et appels incessants, repas organisés à l’avance… Mais tout cela a pour effet d’exaspérer Germain. Il souhaite simplement avoir la paix.


Lise et Germain s’étaient fait une promesse. Pour eux, la meilleure façon de se dire au revoir, ce serait de faire à la place de l’autre ce qu’il aurait aimé faire. « En gros, dit Germain, celui qui reste doit finir ce que l’autre avait commencé. » Germain va donc honorer sa promesse en rejoignant la troupe dont faisait partie sa femme, il va participer à un spectacle de danse contemporaine !


L’idée de base du nouveau film de Delphine Lehericey est aussi surprenante que géniale : un homme à l’allure pataude, un retraité bedonnant et contemplatif, peu énergique, pour ne pas dire amorphe, se retrouve au cœur d’une création de danse contemporaine, c’est-à-dire dans un univers diamétralement opposé au sien. Tout cela présageait une comédie savoureuse, de beaux éclats de rire. Malheureusement, dans les faits, ce n’est pas tout à fait cela. Les touches d’humour de cette comédie dramatique nous ont laissé sur notre faim. C’était même, par moments, loin d’être drôle. Pas suffisamment subtil. On aurait alors pu trouver notre compte dans le drame que constitue aussi Last Dance – car le long métrage n’est pas qu’une comédie –, se laisser attendrir par l’histoire de Germain : elle est censée être poignante, bouleversante. Mais, là aussi, nous sommes restés sur notre faim. La tristesse éprouvée par Germain, et, par la suite, l’aventure dans laquelle il s’est lancé, ne nous ont ni vraiment ému ni passionné. La faute, certainement, au côté amorphe du personnage : sa palette d’expressions étant pauvre, il n’est pas aisé d’être véritablement touché par son histoire. Et puis, à vrai dire, l’ensemble du casting nous a paru peu inspiré – mis à part la chorégraphe Maria La Ribot qui joue son propre rôle avec flamme, avec maestria.


Il reste que Last Dance est une œuvre cinématographique douce-amère non dénuée d’intérêt : elle repose sur une idée brillante et un bon scénario.

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