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« Manga D’Terra » ou les tribulations d’une Cap-verdienne à Lisbonne

Le troisième long métrage du cinéaste de nationalité suisse et portugaise Basil Da Cunha, Manga D’Terra, se trouve dans la section Compétition internationale du 76e Festival du film de Locarno. Il concourt pour le Léopard d’or. Nous l’avons vu. Nous vous en parlons.


©AKKA Films / Basil Da Cunha, 2023


Coup de maître : le nouveau film du metteur en scène Basil Da Cunha tutoie les sommets. Il est à notre avis beaucoup plus abouti que son précédent long métrage. O Fim do Mundo ne nous avait pas convaincu. La réussite de Manga D’Terra tient énormément aux passages musicaux : ils constituent incontestablement la meilleure idée du film. Ils sont sa pierre angulaire. Et que seraient ces passages-là sans la performance de l’actrice principale, Eliana Rosa ? En effet, cette jeune femme solaire, non contente de proposer un jeu tout en subtilité, chante divinement bien.


« Seul celui qui ne sait pas chanter est malheureux », lance le personnage qu’elle incarne, Rosa. Une manière de dire qu’elle n’est pas malheureuse. Elle aurait pourtant des raisons de l’être : elle qui avait quitté le Cap-Vert pour rejoindre Lisbonne dans l’espoir d’offrir à ses deux enfants (restés au pays) une vie meilleure, elle vit à présent dans une extrême pauvreté, dans un quartier défavorisé où l’insécurité est quotidienne, où la violence règne.


« Pourquoi tant de haine dans un monde où il y a tant de beauté ? » chante celle que beaucoup appellent Rosinha, et son chant est comme un témoignage, un puissant témoignage : il semble plaider pour la beauté, s’ériger contre la haine.


La musique permet à cette jeune femme, qui rêve depuis petite d’être chanteuse, de garder la tête haute en dépit de sa situation, sinon désespérée, du moins terrible.


Les moments musicaux sont comme autant d’indispensables respirations au milieu d’une tempête de voix : on parle beaucoup dans le film de Basil Da Cunha, c’est un tumulte assourdissant, un tapage monstrueux. Ainsi, Rosinha nous permet de nous extraire du chaos, de le dominer. Nous sommes revivifiés.


« Moi, je suis une mangue du pays », chante encore Rosinha, d’une voix plus envoûtante que jamais. Mangue du pays. Manga D’Terra. On sent toute la nostalgie de la terre laissée derrière soi, l’amour pour celle-ci, le désir la retrouver, un jour. En attendant, la jeune Cap-verdienne le représente de la plus belle des manières à l’étranger, son pays chéri.

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