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Cinétoile

Cannes 2026: la question française

Comme chaque année, on se demande, parmi les personnes qui fréquentent le Festival de Cannes, si l’élément français est trop dominant.

 


« How much France is too much France? » avais-je proposé une fois comme sujet à un média international pour lequel j’écris. Idée refusée à l’époque, mais la question était pertinente. Elle m’est revenue à l’esprit en consultant le compte Letterboxd du Festival de Cannes, où l’on peut accéder à la liste complète des longs métrages en Sélection Officielle (Compétition, Hors Compétition, Un Certain Regard, Séances Spéciales, Séances de Minuit), ainsi que lire les statistiques de cette liste. Or, d’après ces informations, sur 76 films, 48 sont au moins co-produits par la France, tout en ayant d’autres nationalités officielles.

 

C’est normal, me dit-on dans les couloirs du Palais, puisque la France est le pays européen le plus puissant en termes cinématographiques. Ce qui est vrai : l’an dernier, en modérant un Q&A au Festival de Zürich pour le film Left-Handed Girl, j’ai discuté avec la réalisatrice Shih-Ching Tsou qui a mentionné le fait que les financements définitifs pour le projet (dont le scénario datait d’une vingtaine d’années avant la sortie) ont été déclenchés quand elle a accompagné à Cannes le film Red Rocket (dont elle était productrice) et fait la connaissance du distributeur français.

 

Le film Soudain, réalisé par Ryusuke Hamaguchi, avec Virginie Efira
Le film Soudain, réalisé par Ryusuke Hamaguchi, avec Virginie Efira

Mais c’est aussi vrai, ajoutent mes interlocuteurs, que le facteur co-production implique un autre élément : neuf fois sur dix, ces films ont déjà bouclé leur distribution sur le territoire de l’Hexagone, qui est aussi une condition indispensable – comme on l'a déjà dit dans ces chroniques – pour que le film soit admissible en Compétition. Cette année, il y a aussi un autre détail qui complique les choses : les films qui se déroulent entièrement en France, ou presque, mais sont réalisés par des cinéastes étrangers. C’est le cas de Soudain de Ryusuke Hamaguchi (japonais), d’Histoires parallèles d’Asghar Farhadi (iranien), et de Moulin de László Nemes (hongrois).

 

Sur 22 longs métrages en lice pour la Palme d’Or, il y en a donc plus ou moins huit liés à la France en termes de géographie et casting (sans compter une production telle que Gentle Monster, qui se déroule en Allemagne et Autriche mais s’appuie sur la prestation centrale de Léa Seydoux). D’une certaine façon, c’était inévitable : une fois sélectionnés avec leur premier film cannois, les auteurs « abonnés », comme le dit la presse nationale, peuvent presque toujours compter sur un soutien français pour leurs projets suivants (Ken Loach, qui était sur la plage pour la projection de la copie restaurée de Land and Freedom, a parlé de l’importance des partenaires hors du Royaume Uni pour les trois dernières décennies de sa carrière).


Léa Seydoux dans le film Gentle Monster
Léa Seydoux dans le film Gentle Monster

 

D’un autre côté, cette hégémonie contredit un peu la mission du festival, qui serait celle de célébrer le cinéma mondial (on remarque, par exemple, que les films italiens – totalement absents en 2026 - sont rarement montrés en Compétition si la France ne fait pas partie des pays producteurs). On nous répète souvent que Cannes n’est pas un festival français, mais un festival qui se déroule en France. Sauf que, vu le rôle important des exploitants de salles et des distributeurs, la première définition n’est pas loin de la vérité. Et c’est sans doute positif que Cannes défende le cinéma en tant que lieu de projection, mais il faudrait aussi penser à l’autre sens du terme, à sa connotation artistique. Et globale.


Pour aller plus loin, les autres articles de notre rédacteur Max Borg sur le 79e festival de Cannes :


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