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Perfect Days

Dernière mise à jour : 23 nov. 2023

Note: 4/5

Eloge de la vie simple


Le célèbre réalisateur allemand Wim Wenders se penche, dans Perfect Days, sur le quotidien d’un homme nettoyant les toilettes de Tokyo. Un film qui s’intéresse à l’anecdotique sans être lui-même anecdotique: la caméra sublime cette vie en apparence terne.

Il ne faut s’attendre à rien, avec Perfect Days, sinon à des riens, c’est-à-dire au banal, au trivial, à l’ordinaire. Mais l’ordinaire sublimé par la caméra du réalisateur de Paris, Texas et des Ailes du désir. Ainsi, ce film s’intéresse à l’anecdotique sans être lui-même anecdotique. Le cinéaste transforme des matériaux communs en un long métrage qui ne l’est pas. En somme, il transmue le plomb en or.


Des arbres. Un vieil homme qui balaie dans la rue. Les gestes du quotidien d’un autre homme. C’est Hirayama, le personnage principal du film. Il se brosse les dents. Se rase. Arrose ses plantes. Puis revêt son habit de travail. Dans son dos, ces mots: The Tokyo Toilet. Oui, Hirayama nettoie les toilettes de Tokyo. C’est son job. Et il le fait consciencieusement.


La première chose qu’il fait en sortant de chez lui, c’est regarder le ciel tout en esquissant un sourire. Tous les matins, c’est ainsi. Comme un rituel, avant de prendre la voiture et d’aller travailler.


Hirayama a toute une collection de cassettes audio. Ces objets vintage valent une petite fortune, ils sont à la mode, surtout ceux des années 1970-1980, lui confie un disquaire. Dans sa voiture, Hirayama lance House of the Rising Sun, du groupe The Animals. La journée peut démarrer, dans la joie et la bonne humeur.

Le Tokyoïte mène une vie simple. Simple mais riche, harmonieuse, lumineuse. Dans un monde qui semble avoir perdu la tête, où tout va trop vite, où l’on ne prend plus le temps de faire les choses, où l’essentiel paraît avoir été troqué contre le futile, où l’on n’est plus du tout attentif aux petits riens, dans un tel monde, vide de sens, ce Japonais est une figure éminemment inspirante, presque un résistant, voire un héros. Un héros qui s’ignorerait. Pour cette raison, Hirayama est d’autant plus admirable.


L’héroïsme, aujourd’hui, c’est peut-être précisément cela: oser s’arrêter, respirer, contempler, savourer –comme le fait Hirayama. Cela paraît facile, mais encore une fois, dans un monde comme le nôtre, qui met une pression énorme sur nos épaules, qui ne sait pas se satisfaire de peu, qui au contraire exige toujours plus, et sans délai, qui n’a que ces mots à la bouche: performance, productivité, consommation, et quelques autres du même ordre; dans un tel monde, être un Hirayama n’a rien de facile: c’est aller à contre-courant, et il faut toujours un courage certain pour aller à contre-courant.


Hirayama regarde les arbres, prend des photos, repère une jeune pousse, dans un parc, l’emmène avec lui –elle complètera sa collection de plantes à la maison. On voyage avec plaisir en compagnie de cet homme d’un certain âge, attentif aux petits riens de la vie.


Peu de personnes prêtent attention à cet homme taiseux mais lumineux, qui semble insignifiant –il se fond dans le décor. C’est un solitaire, mais sa solitude n’est pas pesante. Il fait un travail que beaucoup considèrent comme ingrat, mais lui le fait avec joie. Et, quand il pédale sous la pluie, dans la nuit, il ne se plaint pas –il paraît léger, aérien. Une figure éminemment inspirante, disions-nous.

Les journées se suivent et se ressemblent, mais il n’y a aucune trace de morosité. Cet homme est solaire, ses journées sont pour ainsi dire parfaites, et pourquoi? Parce qu’il a décidé qu’elles seraient telles: le regard qu’il pose sur elles est coloré de joie; son quotidien, il l’aborde avec une confiance resplendissante. Hirayama nous donne une véritable leçon de vie.


On remerciera Wim Wenders en particulier pour le choix de la musique: de House of the Rising Sun (The Animals) à Perfect Day (Lou Reed) en passant par Sunny afternoon (The Kinks) et Feeling Good (Nina Simone), c’est un pur délice.


Et on gardera longtemps en mémoire la séquence finale, magistrale. Elle se déroule sur Feeling Good. Encore une fois, l’acteur jouant Hirayama (Kôji Yakusho) parvient à nous toucher sans aucun mot, simplement par les expressions de son visage. Un visage devenu, après deux heures de film, familier, que nous quittons presque à regret tant la joie dont il est empreint fait du bien.

 

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Pour aller plus loin:

Contes du hasard et autres fantaisies (pour rester au Japon)

Ondine (pour découvrir l’œuvre d’un compatriote de Wim Wenders)

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