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«The Monk and the Gun»: un moine et deux fusils

Note: 4.5/5

Après Lunana grâce auquel le Bhoutan a obtenu sa première nomination aux Oscars, le réalisateur Pawo Choyning Dorji signe un nouveau long métrage de très bonne facture, une comédie extrêmement réjouissante: The Monk and the Gun. Ou l’histoire d’un moine et de fusils.


Il est rare d’avoir l’opportunité de voir sur grand écran un film en provenance du Bhoutan. Et pour cause: il n’y a pas d’industrie du cinéma dans ce petit pays d’Asie du Sud. Parvenir à réaliser un film de la qualité de The Monk and The Gun relève donc de l’exploit. Pawo Choyning Dorji a été contraint d’apporter d’Inde son matériel pour tourner, il lui a fallu une semaine de route. Et les acteurs sont non professionnels –Tandin Wangchuk, qui joue le moine du titre, n’est certes pas moine en réalité, mais il n’est pas acteur pour autant: c’est une célèbre pop star.

 

Contrairement à ce qui a pu se dire et à ce que pourrait laisser penser le titre de ce film bhoutanais, The Monk and the Gun n’est pas un conte. S’il s’agit bien d’une fiction, les faits relatés par Pawo Choyning Dorji sont loin d’être invraisemblables ou purement imaginaires, et son œuvre cinématographique, bien qu’ancrée dans la comédie, n’est pas uniquement destinée à distraire. En vérité, son propos est bien plus profond qu’il n’y paraît. The Monk and the Gun nous propose de très belles réflexions, notamment sur le bonheur et sur la démocratie.

 

Nous sommes en 2006 et le Bhoutan est sur le point de devenir une démocratie. Pour faire face au changement majeur qui va s’opérer dans ce pays himalayen –le passage de la monarchie à la démocratie–, un vieux lama confie à un moine la mission suivante: trouver deux fusils avant la prochaine pleine lune et les lui ramener. Le compte à rebours est lancé.

À partir de cette situation stupéfiante –pourquoi diable un lama, qui passe le plus clair de son temps à méditer dans un monastère, aurait-il besoin de fusils?–, le cinéaste bhoutanais construit très habilement un récit où l’humour, subtil, savoureux, ne manque pas de faire mouche.



 Au Bhoutan, dans l’ensemble, on aime le roi et l’on est heureux. On ne comprend donc pas pourquoi il veut abdiquer pour mettre en place un autre système, on n’entend rien à la démocratie, on ne sait pas ce que sont des élections et ce que signifie voter. Qu’est-ce que tout cela apportera de plus, de mieux? On a les enseignements du Bouddha, n’est-ce pas suffisant?

 

Le Bhoutan s’est ouvert récemment à la modernité –il a autorisé la télévision et Internet il y a seulement un quart de siècle, en 1999–, pour le meilleur et pour le pire. La modernité offre des opportunités nouvelles, mais ne rend pas plus heureux, la tendance est même au contraire. Le Bhoutan est un pays pauvre d’un point de vue économique. On a commencé à se comparer aux autres, on a constaté qu’ailleurs la situation était meilleure sur le plan matériel. La télévision et Internet n’arrangent rien, accentuent le phénomène: on voit comment l’on vit sous d’autres latitudes, on envie autrui. Et par là même, on oublie la véritable richesse, on oublie l’essentiel: le bonheur (nous sommes au pays du «bonheur national brut»; cet indice date des années 1970, il avait alors été créé par le roi et a pour but de concilier l’économie avec les valeurs du bouddhisme, de développer le Bhoutan sans pour autant transiger avec le bonheur des individus).

 

Ceci dit, le cinéaste ne se pose pas en juge, ne donne pas de leçons de morale. Lui-même le reconnaît, il est un produit de plusieurs cultures. S’il est né au Bhoutan et qu’il s’y trouve actuellement, il a grandi à l’étranger, en Suisse et ailleurs. Son film reflète avec beaucoup d’adresse ces différentes facettes.

 

Pawo Choyning Dorji s’appuie intelligemment sur ce décalage entre tradition et modernité, entre une forme d’innocence qu’on peut trouver au Bhoutan et un certain désenchantement caractérisant notre société "branchée", pour créer des situations délicieusement comiques, faire naître un humour exquis.

 

Certains croient pouvoir tout obtenir avec de l’argent. Mais c’est oublier que le Bhoutan ne connaissait pas encore, en 2006, le capitalisme, là-bas c’est un tout autre paradigme qui est en place. La compassion et l’altruisme prévalent, ont un véritable sens. Pawo Choyning Dorji nous le rappelle, mais –répétons-le–, sans donner de leçons; il le constate simplement, avec beaucoup d’humour, n’oppose pas deux types de sociétés, s’évertue plutôt à les faire dialoguer, et nous pousse à réfléchir, nous autres Occidentaux, à notre mode de vie, à nos valeurs, et en définitive, à ce que nous sommes.


 

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