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Banel & Adama

Note: 3.5/5

Amour et tragédie sous le soleil du Sénégal


Banel & Adama, le premier long métrage de la cinéaste franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy, frappe d’entrée de jeu les esprits par des séquences d’une puissance et d’une beauté extraordinaires. Un film qui, s’il s’essouffle un peu par la suite, vaut incontestablement le détour.


Les premières séquences de ce long métrage tourné en langue peule sont d’une puissance renversante, d’une beauté éblouissante. Et, si le film comprend quelques longueurs; si, le temps passant, il nous a semblé qu’il s’essoufflait un peu, il n’en demeure pas moins que Banel & Adama est truffé de plans d’une splendeur à couper le souffle. D’un point de vue esthétique, c’est magnifique. La mise en scène, elle, est parfaitement maîtrisée. Une maîtrise d’autant plus impressionnante qu’il s’agit du premier long métrage de la Franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy.

 

Le film pourrait à vrai dire s’intituler simplement Banel, tant ce personnage de femme forte, déterminée, libre, solaire, crève l’écran; tant cet électron libre écrase de sa présence, de sa prestance, son mari Adama, et avec lui l’ensemble du village où ils habitent.

 

Khady Mane, l’actrice jouant Banel –non professionnelle, au même titre que le reste du casting– force l’admiration. Une performance magistrale.

 

Un petit village au nord du Sénégal. Banel et Adama sont deux jeunes gens qui s’aiment passionnément. Ils ont un projet: aller vivre à l’écart du village, dans une maison ensevelie par les sables à l’heure actuelle, mais qu’ils sont en train de déterrer. Seulement, un tel projet implique qu’Adama refuse le rôle de chef de la communauté auquel il est destiné. Et que Banel ne renonce pas à son indépendance, ne se conforme pas aux désirs du village, ne rentre pas dans le rang – on voudrait qu’elle elle ait des enfants, qu’elle fasse la lessive avec les autres femmes? Banel ne veut pas de tout cela.

 

On ressent, tout au long du film, le poids des coutumes, des traditions, des croyances. Un poids terrible, sinistre, auquel Banel opposera toute son énergie, toute la vie qui vrombit en elle. Cela suffira-t-il à vaincre les ténèbres de la superstition, ou ces dernières parviendront-elles à museler l’intrépide jeune femme?

 

De l’aveu même de la réalisatrice, il est extrêmement difficile pour une femme, et encore plus pour une femme noire, de faire du cinéma; si l’on veut se faire une place dans ce milieu-là, il faut beaucoup de détermination. Ramata-Toulaye Sy a su en faire preuve –à l’instar de son personnage Banel–, et elle a eu parfaitement raison: son film est envoûtant. Une œuvre cinématographique dense, riche: les traditions subsahariennes se mêlent à la tragédie grecque (la réalisatrice s’est inspirée de personnages comme Phèdre, Médée ou Antigone), le féminisme et la question du réchauffement climatique sont abordés, et intelligemment, subtilement.

 

Non contente de réaliser Banel & Adama, Ramata-Toulaye Sy signe aussi le scénario, en toute logique: elle est une scénariste aguerrie –elle a notamment participé à l’écriture du scénario de Notre-Dame du Nil et de Sibel.

 

Sélectionné cette année en compétition au festival de Cannes (le film concourait pour la Palme d’or), Banel & Adama représentera le Sénégal dans la catégorie long métrage international des Oscars 2024.

 

 

Pour aller plus loin:

La Nuit des rois (autre film provenant d’Afrique noire, d’Afrique de l’ouest, de Côte d’Ivoire)

The Perfect Candidate (réalisé par une femme saoudienne, met en scène un personnage de femme forte et solaire)

Ema y Gastón (film chilien mettant en scène un personnage de femme forte)

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