Cannes 2026: une certaine animation
- Max Borg

- 22 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juin
Le cinéma d’animation est passablement présent sur la Croisette cette année, mais cette présence reste un peu compliquée.

En 2001, comme il aime nous le rappeler, Thierry Frémaux fit l’histoire du Festival de Cannes, lors de son édition inaugurale comme délégué artistique (telle était sa désignation à l’époque), en invitant pour la première fois un film d’animation en Compétition: Shrek. Le deuxième volet reçut le même traitement en 2004, aux côtés de Ghost in the Shell 2: Innocence. Suivirent Persepolis en 2007 et Valse avec Bachir en 2008. Après, un long silence, jusqu’en 2024 avec La plus précieuse des marchandises, réalisé par Michel Hazanavicius.
Bien sûr, l’animation a gardé sa présence à Cannes, mais un peu sur les côtés, dans le Hors Compétition (surtout les longs métrages Pixar ou DreamWorks) ou dans les Séances Spéciales, ou encore dans les sections indépendantes telles que la Semaine et la Quinzaine, qui font malheureusement couler beaucoup moins d’encre que la Sélection Officielle. Frémaux a beau souligner la grande qualité de l’animation mondiale, ainsi que l’importance du Festival d’Annecy qui a lieu un mois après Cannes (avec une partie des mêmes titres), reste l’impression que cette forme artistique soit encore traitée comme quelque chose de marginal, voire pour enfants ou familles uniquement (et ceci dans le cadre d’une manifestation qui, pour rappel, n’a pas de public à proprement parler).

Et pourtant, c’est justement à l’animation que l’on doit pas mal de nos moments préférés de cette édition, que nous avons déjà évoqué en partie en parlant du sublime In Waves, le film d’ouverture de la Semaine de la Critique. Celui-ci était, en effet, un des neuf longs métrages animés qui ont peuplé les différentes sections de la kermesse, sans compter le documentaire Les survivants du Che (sur lequel nous reviendrons dans un prochain papier), qui se sert des techniques d’animation traditionnelle pour donner une identité visuelle aux souvenirs des personnes interviewées.
L’animation ouvrait, on l’a dit, la Semaine. Elle a également clôturé la Quinzaine, par le biais du deuxième long métrage de Quentin Dupieux présenté sur la Croisette cette année, Le Vertige. Avec une esthétique qui rappelle le jeu vidéo The Sims, le film raconte le quotidien un peu tordu de deux amis (Alain Chabat et Jonathan Cohen) à partir du moment où l’un deux dit à l’autre que nous vivons dans une simulation. Pour un Dupieux, les gags sont moins fréquents que d’habitude, mais l’intelligence du scénario et le jeu des acteurs rendent le concept très intéressant à suivre, sans dépasser les bornes (ça dure juste 67 minutes).

Aussi à la Quinzaine, We Are Aliens (qui sera en compétition à Annecy le mois prochain) est un très beau long métrage japonais sur deux amis d’enfance qui se perdent de vue pendant des années. Subtil et tendre, tout comme Carmen, l’oiseau rebelle, ré-interprétation de l’opéra que tout le monde connaît, avec l’animation stylisée qui avait déjà marqué le précédent film de Sébastien Laudenbach, le formidable Linda veut du poulet. Comme quoi, la section indépendante du festival a montré un goût encore plus prononcé que d’habitude pour les formes de l’animation (pour rappel, c’est la Quinzaine qui accueillit, à l’époque, le tout dernier long métrage d’Isao Takahata, co-fondateur du Studio Ghibli).

Du côté de la Sélection Officielle, on peut dire que les choix étaient très français, y compris le seul de ces films admis dans une section compétitive: Le Corset, présenté au Certain Regard, marque le retour derrière la caméra de Louis Clichy, qui travaille de nouveau avec l’animation traditionnelle après l’expérience des images de synthèse sur les deux Astérix co-réalisés avec Alexandre Astier. Une histoire d’enfance, pleine de charme et d’inventivité, magnifiquement illustrée, tout comme Lucy Lost qui a séduit le public des Séances Spéciales avec son histoire de quête d’identité de la part d’une petite fille qui a perdu sa mémoire (adapté d’un live de Michael Morpurgo, l’auteur de War Horse). Autre Séance Spéciale, Tangles, production américaine, a bouleversé avec sa façon de montrer à l’écran les conséquences graduelles de l’Alzheimer. Parmi les producteurs on retrouve Seth Rogen, qui prête aussi sa voix à un personnage secondaire, tandis que la mère malade est Julia Louis-Dreyfus, l’actrice de Veep et Seinfeld.

Blaise, qui figurait dans la section indépendante ACID, est le nouveau travail de Jean-Paul Guigue, déjà venu à Cannes avec Silex and the City, en co-réalisation cette fois avec Dimitri Planchon. Une animation à la Archer, le dessin animé adulte de la chaîne américaine FX, pour cette histoire loufoque d’une famille qui essaie de se faire apprécier (Blaise, c’est le nom du fils ado qui est un peu le symbole de l’incommunicabilité). Ça aurait sans doute été le plus drôle des films d’animation proposés sur la Croisette cette année, si ce n’était pas pour l’opération purement jouissive – avec toutes les connotations du terme – qu’est Jim Queen, triomphale Séance de Minuit où l’on imagine un monde dans lequel la communauté gay est frappée par une maladie qui rend toutes les personnes… hétérosexuelles. Une explosion de gags sans censure, à voir plusieurs fois pour capter toutes les différentes nuances d’humour. Enfin, nuances: c’est surtout – passez-nous l’expression – des blagues de cul. Hilarant.
Pour aller plus loin, les autres articles de notre rédacteur Max Borg sur le 79e festival de Cannes




