In Waves
- Ben-Charif Lopes
- il y a 3 heures
- 3 min de lecture
Note : 4/5
Nous avons vu In Waves, long-métrage de Phuong Mai Nguyen, au Festival international du film d'animation d'Annecy 2026. Retour sur une œuvre qui s'intéresse à une histoire d'amour mise à l'épreuve, et à ce qu'elle laisse derrière elle.

On dit que les vagues naissent du vent, les histoires d'amour aussi. Elles prennent forme dans le souffle de l'autre, s'élancent, grandissent et déferlent pour devenir inarrêtables, et ce qu'elles laissent derrière elles n'est jamais tout à fait identique.
In Waves, sorti en 2026 et réalisé par Phuong Mai Nguyen, est un film d'animation franco-belge adapté du roman graphique d'AJ Dungo, surfeur et auteur de bande dessinée américain, dont le récit est essentiellement autobiographique.
À Los Angeles, AJ, lycéen au caractère réservé et sensible, rencontre Kristen. Elle est passionnée de surf, lui de dessin et de skate. Les deux tombent follement amoureux, mais cet avenir qui s'annonçait radieux bascule lorsque Kristen tombe malade. Ensemble, ils se lancent dans un combat, portés par la force de leur amour, leurs amis et leur passion désormais commune pour le surf et la beauté des vagues.
Le couple comme résistance face à la maladie
Ce qui frappe d'abord, c'est cette complicité inébranlable entre Kristen et AJ. À deux, ils cristallisent cet élan vital de la jeunesse, ce désir brûlant, cette urgence de vivre malgré les épreuves. Kristen va apprendre le surf à AJ et lui faire vaincre sa peur de l'océan. En lui transmettant cette discipline, elle lui apprend à se rapprocher de lui-même et à aimer la vie. L'océan représente alors bien plus qu'un endroit où l'on se tient sur une planche : c'est un espace où l'on se retrouve, où l'on médite, où l'on existe pleinement dans le présent.
Kristen ou l'incarnation de l'océan
Kristen incarne le courage sous sa forme la plus élégante. Elle est comme une vague : on la croit épuisée, écrasée contre le rivage, et pourtant elle continue à se reformer inlassablement, plus loin, en poursuivant sa course. Elle entretient avec l'océan une relation particulière : plus la maladie progresse, plus Kristen s'éloigne de l'eau. Et c'est AJ qui, peu à peu, s'en rapproche à sa place, comme si l'océan passait de l'une à l'autre, révélant dans ce mouvement toute la profondeur de leur lien.

L'océan omniprésent
In Waves représente l'océan sous toutes ses couleurs, notamment grâce à son animation fluide et riche en teintes bleutées. Tout devient prétexte à le rappeler : les rayures dans l'écorce du bois, les plis d'une couverture, les larmes, jusqu'aux cheveux de Kristen qui se transforment en vagues sur l'affiche du film. Il est partout. Dans les moments les plus durs, un morceau d'océan demeure toujours quelque part en arrière-plan, ou se devine par un travail sonore organique et précis : la houle vient parfois se mêler aux discussions des personnages, le souffle du vent et le râle de la mer s'immiscent dans le récit comme une présence continue.
La bande originale constitue également un point essentiel du long-métrage. Signée Oklou et Rob, elle mêle pop éthérée et nappes électroniques pour accompagner les vagues autant que les émotions. La musique ne sert pas simplement d’ornement, elle sublime le film.

Le chagrin vient par vagues
In Waves est un appel discret mais sincère à la jeunesse : vivre, malgré tout, malgré les épreuves qui cherchent à nous défaire. On sort de la salle porté par un souffle de vie comme jailli de l’écran de cinéma, et par le désir urgent d'exister. « Le chagrin vient par vagues, la seule chose à faire c'est de continuer de surfer » sont les derniers mots du film, prononcés par AJ, qui résument parfaitement son message et ne sont pas sans rappeler le vers de Paul Valéry : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »
Pour aller plus loin :



