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Rétrospective Wim Wenders : Critique paris, Texas

il y a 23 heures
3 min de lecture
Note : 4,5/5

Nous sommes à la mi-octobre, et la rétrospective de Wim Wenders s’impose déjà comme l’un des rendez-vous les plus mémorables de la Cinémathèque suisse de Lausanne. Et pour cause : hier avait lieu la projection de Paris, Texas, chef-d’œuvre de la filmographie du réalisateur, sorti en 1984. Retour sur un road movie aux accents de western, où les paysages désertiques se mêlent aux blessures intimes. Car derrière cette errance se dessine une question : que reste-t-il de l’amour une fois qu’on l’a jeté dans le feu ?


IMDB Paris, Texas
IMDB Paris, Texas

Le film s’ouvre sur Travis, un homme grand et svelte aux allures de vagabond, qui erre dans le désert texan sans savoir où aller. Son frère Walt le recherche depuis maintenant quatre ans. Travis aurait disparu à la suite d’un terrible accident, laissant derrière lui sa femme et son fils, Hunter. Âgé de seulement sept ans, ce dernier a été élevé par Walt et sa femme durant l’absence de son père.


Walt finit par retrouver son frère, mais celui-ci n’est plus le même. Il ne parle plus et semble avoir perdu une partie de ses souvenirs, comme s’il ne se rappelait plus vraiment qui il était avant ces quatre années d’errance. Jusqu’où cherche-t-il à aller en marchant ainsi, désespérément, dans le désert ? Que s’est-il passé quatre ans plus tôt avec sa femme ?

Et comment pourra-t-il renouer des liens avec son fils, dont il ne garde que de vagues souvenirs ? C’est autour de ce puzzle que le film parvient à nous tenir en haleine tout du long.


« How can you have two fathers ? - Just lucky, I guess. »


L’une des grandes forces de Paris, Texas réside dans l’attachement que Wim Wenders parvient à créer envers ses personnages. Avec beaucoup d’empathie, le réalisateur donne une place centrale à leurs émotions, sans jamais chercher à les imposer. On prend alors plaisir à suivre l’évolution de leurs relations, à observer les liens qui se nouent, mais aussi les difficultés qu’ils rencontrent pour se construire. C’est notamment le cas de la relation père-fils entre Hunter et Travis, ou devrais-je dire, entre Inconnu et Inconnu ? Aucun des deux n’a vraiment de souvenir de l’autre, tellement que lors de leur première rencontre un simple « Salut » se fit partager. Tout le plaisir de la première partie du film est de voir Travis essayer tant bien que mal de renouer les liens avec un fils qui a maintenant deux pères, qui sont aussi frères.

 

Et la route fit naître un père


Paris, Texas regorge de scènes en apparence banales, mais chargées de symboles, qui témoignent de l’évolution des émotions et des relations entre les personnages. C’est notamment le cas de cette scène, la plus belle du film. Après plusieurs tentatives infructueuses pour renouer avec son fils, Travis souhaite le raccompagner de l’école jusqu’à la maison. Hunter refuse d’abord, comme il l’a déjà fait auparavant, puis finit par accepter, à sa manière. Le père et le fils entament alors le chemin du retour, chacun marchant sur un trottoir différent, séparés par la route. Ils avancent ainsi côte à côte, sans réellement se rejoindre. La mise en scène nous révèle que cette situation a duré pendant une bonne partie du trajet, jusqu’à ce que Travis traverse soudainement la chaussée pour retrouver son fils de l’autre côté. Un geste simple, presque anodin, qui se déroule sans musique ni dialogue, mais qui prend une dimension presque magique. Pour la première fois, Travis rompt symboliquement avec la distance qui le séparait de son fils : il le rejoint et commence, par ce geste, à retrouver sa place de père. Cette scène marque une première étape dans leurs véritables retrouvailles. Une séquence en apparence simple, mais qui figure, selon moi, parmi les plus belles du cinéma.

 


Une révélation Hitchcokienne


Alors que le film avançait au rythme d’une Cadillac roulant doucement sur les larges routes du Texas, celle-ci prit un virage inattendu pour aller se garer près d’un « peep-show », où révélations déchirantes et longs monologues allaient être de mise. S’ensuit un final poignant, où deux êtres liés par un amour aussi profond que destructeur se retrouvent séparés par une vitre. Une séparation qui fait écho à celle de Travis et Hunter au début du film, lorsque la route les éloignait déjà l’un de l’autre. La scène est ingénieuse : les deux personnages se parlent sans réellement pouvoir se voir, laissant les mots, les silences et les émotions occuper tout l’espace.


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