Cannes 2026: la deuxième Palme d'Or pour Cristian Mungiu
- Max Borg

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Le réalisateur roumain rejoint le groupe de cinéastes qui ont remporté deux fois le prix principal de la kermesse cannoise.

Le 79e Festival de Cannes s’est achevé le soir du 23 mai, avec la remise des prix décernés par le jury présidé par le cinéaste coréen Park Chan-wook. Un palmarès intelligent, équilibré, qui a su identifier la plupart des films qui ont marqué les esprits pendant les douze jours de la manifestation. Parmi eux, un certain Fjord, qui a fini par remporter la Palme d’Or (et aussi le Prix FIPRESCI, attribué par un jury de critiques internationaux, et celui du jury œcuménique).
C’est la deuxième victoire suprême sur la Croisette pour le réalisateur roumain Cristian Mungiu, déjà palmé en 2007 lors de sa toute première venue en Compétition avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (son premier film, Occident, avait été montré à la Quinzaine des Cinéastes en 2002). Il est à présent le dixième cinéaste avec deux Palmes d’Or, après Alf Sjöberg (1946 et 1951), Francis Ford Coppola (1974 et 1979), Bille August (1988 et 1992), Emir Kusturica (1985 et 1995) Shohei Imamura (1983 et 1997), les frères Dardenne (1999 et 2005), Michael Haneke (2009 et 2012), Ken Loach (2006 et 2016) et Ruben Östlund (2017 et 2022). Ce dernier vise d’ailleurs une troisième Palme avec The Entertainment System Is Down, qui sera vraisemblablement en Compétition l’année prochaine puisque le metteur en scène suédois n’a pas envie d’aller dans d’autres festivals (Venise ou Berlin).

C’est un beau triomphe pour Mungiu, qui est rarement rentré de Cannes les mains vides : sur cinq films sélectionnés en Compétition, seulement R.M.N. (2022) n’a rien obtenu de la part du jury officiel, alors que Au-delà des collines (2012) a été primé pour le scénario (et – mais ça ne concernait pas Mungiu directement – pour les actrices), et Baccalauréat (2016) pour la mise en scène. Ceci témoigne de l’impact que la rigueur formelle et l’intelligence scénaristique de ses films ont habituellement sur les différents jurys cannois, même si en l’occurrence certains ont remarqué, non sans une pointe d’humour, qu’une éventuelle Palme pour Fjord était prévisible parce que c’était un des films achetés, pour les États-Unis, par la société Neon, qui a « deviné » sept vainqueurs consécutifs à partir de Parasite (2019).
En réalité, il n’est pas étonnant que le sixième long métrage de Mungiu, son premier (partiellement) tourné en anglais, ait attiré une telle attention. Librement inspiré de faits divers, il raconte le conflit entre une famille conservatrice majoritairement roumaine et la communauté plus libérale en Norvège au sein de laquelle Mihai (Sebastian Stan) s’installe avec son épouse Lisbet (Renate Reinsve) et leurs cinq enfants. Très religieuse, la famille est visée par les autorités lorsque des remarques des gosses font penser que la discipline liée à la tradition du pays d’origine de Mihai implique aussi de la violence physique. C’est donc parti pour le tribunal, mais il n’y aura pas de réponses faciles, l’ambiguïté étant centrale dans l’œuvre de Mungiu (qui montre pourtant plus d’empathie pour les enfants que pour les adultes, un concept qu’il a mentionné en acceptant la Palme).
On a d’ailleurs remarqué que la victoire de Fjord est aussi l’énième exemple de la relation fructueuse entre Cannes et Renate Reinsve. Alors qu’elle était sur le point de quitter le monde du cinéma en 2020, elle a changé d’avis quand Joachim Trier lui a offert le rôle principal, écrit exprès pour elle, dans Julie (en 12 chapitres). Sélectionné en Compétition, le film lui a valu le prix pour l’interprétation féminine et l’a transformée en comédienne internationale (on la verra très prochainement dans un film d’horreur américain, Backrooms). En 2024, elle a été la protagoniste de La convocation (Un Certain Regard), qui a remporté la Caméra d’Or, et en 2025 elle est revenue avec Trier en Compétition en jouant dans Valeur Sentimentale, Grand Prix de la 78e édition.

Quant à Sebastian Stan, le Bucky des films Marvel, qui a voulu renouer avec son identité roumaine (il a passé une grande partie de son enfance dans le pays avec sa mère), c’est aussi une grande réussite, sa deuxième lancée à Cannes puisqu’en 2024 il incarnait Donald Trump dans The Apprentice, dont il était le meilleur élément grâce à sa capacité à capturer les nuances paradoxales d’un homme qui, en principe, n’en a pas. Une carrière à laquelle il était difficile de s’attendre lors de sa toute première apparition à l’écran, dans une œuvre qui fut d’ailleurs montrée dans le cadre du festival : en 1994, alors qu’il était encore ado et vivait à Vienne, il avait joué un petit rôle dans 71 fragments d’une chronologie du hasard de Michael Haneke…
Pour aller plus loin, les autres articles de notre rédacteur Max Borg sur le 79e festival de Cannes :



