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Cinétoile

Festival d'Annecy: jour 4 — courts-métrages et ambiance de Coupe du Monde

Réveil à 9h. Il faut rendre les clés de l’Airbnb, vérifier qu’on n’a rien oublié, et partir. Mais avant de quitter la ville, un dernier film m’attend : Carmen, l’oiseau rebelle, de Sébastien Laudenbach et Santiago Otheguy.



Dans les ruelles de Séville, Salva et Belén, deux gamins des rues, tentent d’éloigner la menace qui plane sur Carmen, jeune femme libre et flamboyante dont le brigadier José est tombé éperdument amoureux. Le film s’inspire librement de l’opéra-comique de Bizet, et en garde l’essentiel : la figure d’une femme qui refuse d’appartenir à quiconque. La voix de Camélia Jordana incarne Carmen avec une grande justesse, naturelle et brûlante à la fois. La technique d’animation, fluide et colorée, restitue la chaleur de Séville : les couleurs éclatent, les corps bougent avec une énergie singulière. Laudenbach, déjà remarqué pour La Jeune Fille sans mains, confirme ici son goût pour une animation qui ne se contente pas d’illustrer, mais qui vit.


Carmen, l’oiseau rebelle, de Sébastien Laudenbach et Santiago Otheguy
Carmen, l’oiseau rebelle, de Sébastien Laudenbach et Santiago Otheguy

Une fois la séance terminée, je vérifie le programme : mon prochain film a lieu trop tard pour envisager un départ serein en Flixbus. Je fais l’impasse sur cette projection et scrolle le site du festival en cherchant une alternative. Une séance de courts-métrages à Bonlieu dans une heure. Je n’en avais encore vu aucun depuis le début de la manifestation, privilégiant les longs-métrages en compétition. Pourquoi pas y aller, pour une expérience complète du festival ? Sans réservation, je bascule dans la file « Accrédités sans réservation ». La file d’attente est longue, la chaleur écrasante, mais je réussis à entrer.


Sept courts-métrages s’enchaînent, chacun précédé d’une annonce en voix-off et d’un projecteur dirigé sur le réalisateur ou la réalisatrice debout dans la salle, accueilli(e) sous les applaudissements. L’animation navigue de la 2D excentrique au stop motion en pâte à modeler, en passant par de l’expérimental à l’encre de chine. Trois d’entre eux retiennent l’attention : l’un brosse le portrait d’une société qui brûle au sens propre comme au figuré, où les relations humaines ne sont que contact superficiel. Un autre suit un buffle anxieux à l’idée de devenir père, craignant de reproduire les erreurs du sien. Le dernier, qui reçoit le plus d’acclamations, raconte la vie d’une sorcière trentenaire et célibataire, entre pression sociale, horloge biologique et liberté de choisir son destin, un court-métrage essentiellement féministe, juste et touchant.


Trois courts-métrages qui retiennent l'attention : Please d'Anna Mantzaris, Blessed de Birute Sodeikaite, et Hag d'Anna Ginsburg


Je sors de la salle. L’air est doux, une brise légère parcourt la ville. Il reste du temps avant le bus : je loue un vélo et fais le tour du lac sous un soleil qui décline. La ville est animée ce soir-là, un match France-Norvège de Coupe du Monde à 21h emplit les bars de maillots bleu-blanc-rouge, de cris et d’effervescence. Deux ambiances qui coexistent, et se mélangent.


Cette dernière balade fut une bonne manière de prendre congé d’Annecy. Ce voyage fut court, mais dense. Pour un premier festival de cinéma, l’expérience dépasse les attentes : les films, la ville, l’énergie collective d’un public qui vient pour voir et ressentir. Je reviendrai l’année prochaine, c’est certain.

Pour aller plus loin :

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