Evil Dead - Histoire d'une saga culte
- Sandro Paulo

- 19 juin
- 8 min de lecture
À l'occasion de la prochaine sortie en salle d'un nouvel opus de la franchise Evil Dead, avec cette fois le Français Sébastien Vaniček derrière la caméra, retour sur la saga culte initiée en 1981 par Sam Raimi.

The Evil Dead – Un réalisateur qui en veut
Nous sommes en 1981, Sam Raimi ne le sait pas encore, mais il va réaliser un film qui marquera à jamais l’histoire du cinéma de genre et créer l’une des franchises les plus emblématiques du cinéma horrifique contemporain.
Malgré un scénario assez basique — cinq amis se retrouvent dans une cabane isolée au cœur d’une forêt du Tennessee et libèrent une entité démoniaque qui les possède les uns après les autres —, le réalisateur réinvente les codes du cinéma de genre.
Réalisé avec des moyens extrêmement limités (le film est financé par l’entourage du réalisateur), The Evil Dead s’impose comme un film presque expérimental. La caméra virevolte, comme habitée elle-même par l’esprit maléfique, et le spectateur est ainsi sans cesse au plus près de l’action, presque acteur lui-même, immergé dans une horreur qui surgit de lieux et d’objets banals tels que prises d’électricité, ampoules ou livres.

Pour interpréter le personnage principal, Bruce Campbell, ami de Sam Raimi depuis leurs années universitaires et leurs premiers courts métrages tournés ensemble, incarne le personnage d'Ash avec un investissement total. Malmené par les exigences du tournage et les idées folles de Sam Raimi, il offre une performance brute et charismatique qui fera de lui la figure emblématique de la saga et l’un des personnages les plus iconiques du cinéma de genre. Le tournage sera éprouvant, l’équipe dormant dans la cabane utilisée pour le tournage et les moyens techniques étant très limités, de sorte que Sam Raimi se retrouve à courir dans les bois, sa caméra fixée sur des tasseaux. Le système D est ainsi une composante essentielle du film, contribuant grandement à son côté attachant. Mais ne vous y trompez pas ! Malgré son côté fauché, Evil Dead est un film sombre et violent qui vaudra à son réalisateur les foudres de la censure et plusieurs procès au Royaume-Uni. La scène du viol par la forêt de l’une des protagonistes est particulièrement malaisante et on peut facilement imaginer qu’avec des effets spéciaux de meilleure qualité, le film aurait été aussi effrayant que l’Exorciste de William Friedkin.
Evil Dead aura ainsi un impact considérable sur le cinéma au même titre que des films tels que The Blair Witch Project ou le Scream de Wes Craven bien des années plus tard.
Evil Dead 2 – un style qui s’affirme
Suite au succès du premier film, Sam Raimi est encouragé à lancer le second opus. Il souhaite envoyer le personnage d’Ash dans le Moyen Âge, mais les studios ne sont pas partants et le projet tombera finalement à l’eau.
Sam Raimi profitera alors de réaliser Mort sur le gril, coécrit avec les frères Coen. Malheureusement, le film est un échec critique et public. Sam Raimi doit donc se relancer, au risque de voir sa carrière freinée, et profite de l’intervention de Stephen King, grand fan du premier film, qui convainc Dino de Laurentis (producteur de plus de 500 films, dont notamment des œuvres telles que Conan le Barbare de John Milius ou Dune de David Lynch) de produire ce nouveau volet. De Laurentis accepte sous une seule condition, le film doit ressembler au premier.
Evil Dead 2 sera donc une relecture par le réalisateur de son premier long métrage, un peu comme l’a fait Tobe Hooper l’année précédente pour son Massacre à la tronçonneuse 2.
Les dix premières minutes reprennent et condensent l’essentiel du premier film, sorte de courte réécriture, pour donner ensuite libre cours à l’imagination du réalisateur, grâce à un budget désormais conséquent pour le maquillage et les effets spéciaux.

Dans ce deuxième opus, Sam Raimi explore et expérimente à fond le burlesque horrifique : Bruce Campbell crève littéralement l’écran, jouant seul pendant de longs passages du long métrage, épaulé seulement par la caméra et le travail sonore du réalisateur. L’interprétation comique et physique évoque parfois les grandes figures du burlesque Buster Keaton ou Charlie Chaplin — mais appliquée à des scènes cauchemardesques. À nouveau, les objets du quotidien normalement inoffensifs semblent s’animer (livres qui rient, lampes qui se tordent) tandis que le personnage principal semble sombrer dans la folie. L’horreur devient parfois comédie, créant ainsi un registre propre à la franchise. Le premier opus ayant été sujet à la censure, des litres de liquides de toutes sortes et de toutes les couleurs seront utilisés afin d’éviter les quotas de sang à l’écran. La scène du viol du premier opus sera également supprimée.
Surtout, Evil Dead 2 permet à son réalisateur d’approfondir la mythologie autour du Necronomicon et ainsi de préparer le terrain pour Evil Dead 3, film médiéval que le réalisateur a en tête depuis de nombreuses années.
L'armée des ténèbres : Evil Dead 3 – Finie l'horreur, place à la comédie
Dans ce troisième volet, le personnage interprété par Bruce Campbell devient une parodie de lui-même, sorte d'anti-héros par excellence. Le film est à la gloire du personnage mais également et surtout de Bruce Campbell. Le titre original du film dans le générique en anglais est d’ailleurs « Bruce Campbell VS Army of Darkness ».
Evil Dead 3 bascule dans l’épopée fantastique, teintée d’humour et bourrée de références à la pop culture avec des clins d’œil à Ray Harryhausen (référence de la stop motion), aux voyages de Gulliver ou encore à Star Wars.

Les mécanismes sont toujours les mêmes, avec cette caméra subjective si chère au réalisateur, des litres et des litres de sang et un côté très cartoon encore plus assumé que dans le second opus.
La scène du moulin, sorte de répétition du second volet lorsque Ash se retrouve seul dans la cabane isolée, pousse encore plus loin le sentiment de folie du personnage, folie incarnée cette fois par le double maléfique du personnage d’Ash. Encore une fois, le son devient un élément à part entière du long métrage et le côté burlesque est parfois poussé à un paroxysme rarement atteint dans le cinéma d’horreur, tout en gardant le côté gore qui a fait le succès de la franchise.
Evil Dead - Changement de ton
21 ans après le troisième et dernier opus réalisé par Sam Raimi, la réalisation du remake d’Evil Dead est confiée à un jeune réalisateur encore méconnu à l’époque : Fede Alvarez. Le film est produit par Sam Raimi et Bruce Campbell notamment, ce qui explique la fidélité au récit initial, bien que l’orientation du film soit radicalement différente.
En effet, depuis les années 2000, la mode est au remake de films d'horreur cultes des années 80, mais dans des versions particulièrement sombres et violentes. Les longs métrages de Marcus Nispel, Massacre à la tronçonneuse (2003) ou Vendredi 13 (2009) en sont les meilleurs exemples.

Ainsi, dès les premières scènes du Evil Dead de Fede Alvarez, le spectateur comprend que le cinéaste uruguayen n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure . Si différents clins d’œil au premier long métrage sont repris dans le film (la cabane, la voiture, le collier, la tronçonneuse, ou encore des plans qui évoquent Raimi), le ton est radicalement différent des précédents opus avec une violence plus réaliste et crue (la scène du viol du premier Evil Dead est notamment reprise par le réalisateur). Plusieurs anecdotes de tournage témoignent de conditions éprouvantes que les acteurs et actrices ont subies : réalisme extrême des scènes, efforts physiques et maquillages prenant des heures, ou encore le véritable enterrement de Jane Levy (l'interprète de Mia dans le film) pour les besoins de l’une des scènes emblématiques du long métrage. Le résultat est un film éprouvant, qui remet l’horreur au centre du récit, sans aucune concession.
Fede Alvarez réussit à s’approprier le film de Sam Raimi et livre une lecture personnelle de l’œuvre avec beaucoup de réussite, ce qu’il ne parviendra pas à réitérer lors de son travail sur Alien Romulus, simple fan movie destiné à contenter les fans et le grand Ridley Scott.
Pour la petite histoire, l’acronyme des cinq personnages du long métrage forme le mot « Démon » (David, Eric, Mia, Olivia et Nathalie).
Evil Dead Rise – On continue dans le gore
Avec Evil Dead Rise, le réalisateur Lee Cronin fait le pari risqué de quitter la cabane isolée pour transposer son récit dans un immeuble locatif. C’est cette fois une famille qui va être terrorisée par l’entité maléfique et, pour la première fois de la saga, des enfants sont également au menu.
Si le film conserve certains clins d’œil à l’œuvre de Sam Raimi (plan d’ouverture avec un drone pour évoquer la subjectivité de la caméra ou encore l’œil gobé par un malheureux protagoniste), la direction est la même que celle du film de Fede Alvarez, à savoir du gore et encore du gore, sans toutefois parvenir à égaler la tension du film du réalisateur uruguayen.

Certains aspects de la vision du réalisateur sont intéressants, notamment l'approche choisie par le réalisateur par laquelle le démon est invoqué, mais le film n’apporte malheureusement rien de nouveau à la saga et le réalisateur utilise à outrance les effets numériques et les effets supposément choquants, comme il le refera d'ailleurs avec son Réveil de la momie. La tentative du réalisateur de transposer l’horreur au sein du cocon familial, censé être un lieu sûr, reste également inachevée. Le film de Lee Cronin est de loin le moins réussi de la franchise, même si les amateurs de gore y trouveront quand même leur compte et passeront sans doute un agréable moment.
Depuis maintenant plus de quarante ans, Evil Dead est une saga qui a su se réinventer et évoluer avec son temps. Tantôt sombre et violente à l'image des derniers films, ou drôle à l'image de l'excellente série Ash vs. Evil Dead dont Bruce Campbell est à nouveau le génial anti-héros. Le prochain Evil Dead Burn réalisé par Sébastien Vaniček, auteur de l'excellent Vermines, est attendu de pied ferme par les fans de la saga et si l'on sait d'ores et déjà que l'ambiance sera celle des deux derniers opus, il ne reste qu'à espérer que le film saura renouveler la saga et insuffler un nouveau souffle à cette œuvre majeure du cinéma horrifique. L'auteur de ces lignes attend le film avec impatience et sait d'ores et déjà que dans la salle obscure, personne ne l'entendra crier…
Pour aller plus loin:
Sur Clap.ch, vous avez de nombreuses possibilités :
Donnez votre avis : notez vos films préférés en un seul clic dans notre section films. Votre opinion compte pour nous et pour la communauté cinéphile !
Rejoignez la discussion : participez à notre forum Clap.ch et échangez avec d'autres passionnés sur vos films favoris, les dernières sorties cinéma, et bien plus.
Devenez membre : inscrivez-vous comme membre de Clap.ch et participez à nos concours mensuels pour tenter de gagner des billets et des goodies exclusifs. L'inscription est simple et ouvre la porte à de nombreuses opportunités.
A propos de Clap.ch
Clap.ch est une association à but non lucratif qui se consacre à promouvoir la culture cinématographique en Suisse romande et dans l'espace francophone. Notre mission est de stimuler l'intérêt pour le cinéma à travers notre site Web, nos animations, et les événements auxquels nous participons. En gérant le site d'actualité cinéma www.clap.ch et nos réseaux sociaux, nous nous efforçons de mettre en lumière la richesse du 7e art et de ses extensions, d'encourager la découverte et le suivi de spectacles, manifestations, attractions, musées et associations dédiés au cinéma.



